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Les conflits au Cambodge et en Thaïlande s'intensifient - sans fin en vue

Une analyse approfondie de l'évolution des conflits frontaliers en 1999 : la politique intérieure, les limites de la médiation extérieure et l'inévitabilité de l'escalade du conflit à partir de la rupture de l'accord de paix de Kuala Lumpur

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Published

24/12/2025

Liste des titres des chapitres clés

  1. L'effondrement de l'accord de cessez-le-feu médié par Trump
  2. Contexte de l'Accord de paix de Kuala Lumpur d'octobre
  3. Négociations de cessez-le-feu et consensus fragile après le conflit de juillet
  4. Contenu de l'accord et objectifs temporaires
  5. Reprise des combats en novembre et effondrement de la confiance
  6. Politique intérieure et motivations militaires thaïlandaises
  7. Considérations stratégiques du Cambodge et relations avec les États-Unis
  8. Perspectives d'escalade du conflit et absence de solution
  9. Avertissement concernant les auteurs et l'institution

Présentation du document

Ce rapport, co-écrit par Joshua Kurlantzick, chercheur principal pour l'Asie du Sud-Est et l'Asie du Sud au Council on Foreign Relations, et Annabel Richter, assistante de recherche, vise à analyser en profondeur l'évolution du conflit armé à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande en 2023, les raisons de l'échec des accords de cessez-le-feu à court terme et les dynamiques internes de l'escalade continue du conflit. Il se concentre sur les multiples efforts de cessez-le-feu, conclus sous médiation internationale puis rapidement rompus depuis l'éruption d'un conflit à grande échelle en juillet 2023, en prenant comme étude de cas centrale l'Accord de paix de Kuala Lumpur signé le 26 octobre et son effondrement début novembre. Il révèle comment, derrière des négociations de paix en apparence, les calculs politiques intérieurs et les intérêts stratégiques des deux pays ont finalement primé sur la recherche de la paix.

Le rapport rappelle d'abord le contexte du conflit : les tensions de longue date autour des zones contestées sur les 500 miles de frontière commune ont dégénéré en juillet 2023 en cinq jours d'affrontements complets, causant plus de 40 morts, des dizaines de milliers de déplacés et attisant un fort sentiment nationaliste en Thaïlande, renforçant ainsi l'influence de l'armée thaïlandaise. Par la suite, sous la médiation de responsables chinois, malaisiens et américains, plusieurs cycles de négociations de cessez-le-feu ont eu lieu. Un accord pour cesser les combats a été conclu le 28 juillet lors d'une réunion spéciale en Malaisie, mais cette entente a montré des fissures en quelques heures à cause d'accusations mutuelles.

Lors du sommet de l'ASEAN en Malaisie en octobre, des représentants cambodgiens et thaïlandais ont signé l'Accord de paix de Kuala Lumpur en présence de l'ancien président américain Donald Trump et du Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim. Cet accord était considéré comme la prochaine étape logique vers une désescalade à long terme. Il comprenait une série d'objectifs temporaires : libération de prisonniers de guerre, retrait des armes lourdes des zones contestées, élaboration de nouvelles procédures de déminage et mise en place d'équipes d'observation politiquement neutres. Sa signature a été perçue comme un signal positif d'apaisement.

Cependant, la troisième partie du rapport détaille la désintégration rapide de cette paix fragile. Début novembre, quatre soldats thaïlandais ont été blessés dans la province de Surin, adjacente au Cambodge, conduisant la Thaïlande à suspendre unilatéralement le cessez-le-feu le 10 novembre. Des échanges de tirs ont suivi le 12 novembre, causant la mort de civils cambodgiens. La Thaïlande a annulé le plan de libération des prisonniers de guerre prévu et a accusé le Cambodge d'avoir posé de nouvelles mines à la frontière (ce que le Cambodge a nié). Ces événements ont détruit toute confiance mutuelle, rendant extrêmement improbable un retour au cessez-le-feu.

La partie analytique centrale du rapport explore les motivations profondes du manque de volonté des deux parties pour mettre fin au conflit. Pour la Thaïlande, à la veille des élections parlementaires de mars 2024, l'armée avait intérêt à entretenir les tensions frontalières pour attiser le nationalisme, dans le but de renforcer le soutien aux partis pro-militaires et d'empêcher le parti progressiste Pheu Thai de remporter une majorité absolue. L'état de conflit donne un poids politique intérieur accru à l'armée. Pour le Cambodge, l'opinion publique, largement en colère contre l'échec du cessez-le-feu et en attribuant la responsabilité à la Thaïlande, exercerait une pression sur le gouvernement en cas de perçue faiblesse. Parallèlement, Phnom Penh s'efforce cette année d'améliorer ses relations avec les États-Unis. Il pourrait espérer, en imputant à la Thaïlande la responsabilité de la rupture du cessez-le-feu (un accord hautement médiatisé par Trump), rapprocher les États-Unis du Cambodge et les éloigner de la Thaïlande, bien que le statut de la Thaïlande en tant qu'allié traité des États-Unis et partenaire commercial plus important constitue un défi pour cette stratégie.

Le rapport conclut que la situation frontalière actuelle est tendue et dangereuse, sans signe de changement à court terme. Le conflit est susceptible de s'intensifier. Les considérations d'intérêts politiques intérieurs des deux parties l'emportent sur la volonté de résoudre le différend par la voie diplomatique. L'efficacité de la médiation extérieure semble limitée en l'absence de volonté politique intérieure. Cette analyse est strictement basée sur des événements publics, des déclarations officielles et des commentaires d'experts. Elle vise à fournir aux milieux politiques et académiques une évaluation objective de la dynamique de ce conflit et ne représente pas la position institutionnelle du Council on Foreign Relations.