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Les relations transatlantiques en mutation : implications pour la sécurité en Méditerranée

Ce rapport analyse en profondeur l'ajustement majeur de la posture militaire mondiale apporté par le rapport de la « stratégie de sécurité nationale » des États-Unis en 2001, et se concentre sur les défis de la restructuration des forces et du partage des responsabilités en Europe, au Moyen-Orient et en Méditerranée causés par le déplacement de l'attention stratégique des États-Unis vers les Amériques et l'Indo-Pacifique.

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Published

10/01/2026

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La Stratégie de Sécurité Nationale des États-Unis publiée fin 2025 marque un changement majeur dans sa posture militaire mondiale. Son objectif central est de rétablir la prééminence américaine dans l'hémisphère occidental et de renforcer la dissuasion dans la région indo-pacifique, ce qui entraîne nécessairement une réduction significative de la présence militaire américaine en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique. Ce rapport, rédigé par Stephen J. Flanagan, a été réalisé dans le cadre du projet du groupe stratégique "Nouveau (Dés)Ordre Méditerranéen" dirigé conjointement par l'Institut des Affaires Internationales (IAI) et la School of Advanced International Studies de l'Université Johns Hopkins. Il vise à analyser l'impact profond de cet ajustement stratégique sur les relations transatlantiques et l'environnement de sécurité en Méditerranée.

Le rapport commence par analyser les deux pôles géographiques centraux de la Stratégie de Sécurité Nationale 2025. Premièrement, la stratégie place sans précédent la réaffirmation de la prééminence américaine dans l'hémisphère occidental au premier plan de la politique étrangère, proposant une version élargie du corollaire de Trump pour exclure les compétiteurs extrarégionaux. Pour ce faire, un redéploiement significatif des forces militaires a été opéré, incluant le transfert du groupe aéronaval USS Gerald R. Ford de la Méditerranée orientale vers la région des Caraïbes et la création d'un nouveau Commandement de l'Hémisphère Occidental. Deuxièmement, la stratégie continue de faire du renforcement de la dissuasion dans la région indo-pacifique une priorité absolue, préconisant d'atteindre cet objectif par l'innovation en matière de défense, le redéploiement d'actifs militaires depuis le Moyen-Orient et l'Europe, et la pression exercée sur les alliés d'Asie de l'Est pour obtenir un plus grand accès aux bases.

Cet ajustement stratégique conduit directement à une exigence pressante de transfert de responsabilités vers l'Europe et le Moyen-Orient. Bien que la Stratégie de Sécurité Nationale reconnaisse l'importance stratégique persistante de l'Europe pour les États-Unis, elle indique clairement que l'administration Trump attend de l'Europe et d'autres alliés qu'ils assument la responsabilité principale de la défense de leurs régions respectives, établissant un calendrier accéléré selon lequel les alliés européens devraient supporter la majeure partie de la défense conventionnelle du continent d'ici 2027. Le Congrès américain a, quant à lui, établi des obstacles législatifs via la Loi d'Autorisation de la Défense pour l'année fiscale 2026 pour limiter un retrait précipité des troupes américaines d'Europe et exiger une évaluation et des consultations rigoureuses pour tout retrait. Concernant le Moyen-Orient, le rapport estime que les intérêts fondamentaux des États-Unis dans la région se sont réduits à la protection de l'énergie du Golfe, au maintien de la liberté de navigation, à la sécurité d'Israël et à la lutte contre les organisations terroristes, en raison de la diversification des approvisionnements énergétiques, de l'approfondissement des partenariats régionaux et de la pression sur l'Iran. Cela fournit une base pour réduire et ajuster la présence militaire américaine au Moyen-Orient.

Le rapport explore ensuite les impacts concrets d'une réduction potentielle de la présence militaire américaine sur la sécurité en Méditerranée. Les déploiements de la Marine et de l'Air Force américaines en Italie et en Allemagne pourraient diminuer, et le nombre de destroyers lance-missiles prépositionnés à Rota, en Espagne, pourrait être ajusté. Face à une possible réduction des déploiements de groupes aéronavals américains en Méditerranée, le rapport évalue les perspectives des alliés européens à combler ce vide capacitaire, en analysant notamment l'initiative d'interopérabilité des groupes aéronavals européens composés des principales marines européennes (Royaume-Uni, France, Italie, etc.) et l'amélioration de leurs capacités conjointes de guerre amphibie. Parallèlement, le rapport porte une attention particulière à la marine expéditionnaire et aux forces amphibies croissantes de la Turquie (comme le navire d'assaut amphibie Anadolu) et à leur rôle dans les opérations en Méditerranée et d'autres régions, tout en notant que les actions de la Turquie en Libye, en Syrie et ses intérêts dans la Corne de l'Afrique ne sont pas toujours alignés avec ceux de ses alliés.

Enfin, le rapport examine les perspectives de coopération entre les États-Unis et l'Union européenne dans la région méditerranéenne. Compte tenu de la vision négative de l'administration Trump concernant les activités de l'UE dans son voisinage, un soutien américain limité aux initiatives régionales de l'UE, telles que la Convention Méditerranéenne, est anticipé. La coopération bilatérale pourrait se limiter aux domaines fonctionnels spécifiques où des intérêts communs existent, comme l'aide aux catastrophes, la lutte contre le terrorisme, et la sécurité des frontières et le contrôle des migrations, laissant peu de place pour une coopération politique plus large, telle que la promotion de forums pour la paix et la stabilité des pays du sud de la Méditerranée. Dans l'ensemble, ce rapport fournit une analyse autorisée et détaillée pour comprendre l'évolution des relations de défense transatlantiques dans le contexte du déplacement des priorités stratégiques américaines et la restructuration imminente du paysage de sécurité en Méditerranée.