Files / Stratégie mondiale

Le jeu entre les intérêts et la souveraineté du Groenland

Comment la pression publique des États-Unis sur le Groenland accélère son intégration politique interne et ses revendications de souveraineté, et analyse de l'impact profond sur le modèle géopolitique de l'Arctique

Detail

Published

14/01/2026

Liste des titres des chapitres clés

  1. Contexte de la convocation anticipée de la session parlementaire au Groenland
  2. La déclaration de Trump : Contexte et interprétation
  3. Valeur stratégique dans le contexte de la fonte des glaces et de l'ouverture des voies maritimes
  4. Consensus des partis politiques : Refus d'un changement de statut sous pression extérieure
  5. Limites de l'autonomie : Espace décisionnel de plus en plus restreint
  6. Réaction du Danemark et débat interne au Groenland
  7. Faible population mais importance stratégique majeure
  8. Le dilemme d'être pris en étau entre les intérêts des grandes puissances
  9. Les limites de la politique de puissance
  10. Évolution future possible de l'extension des pouvoirs et du statut constitutionnel
  11. Perspectives de référendum sur l'indépendance : De la théorie à la réalité
  12. Implications pour les politiques arctiques des grandes puissances

Présentation du document

Ce rapport analyse en profondeur les défis fondamentaux auxquels le Groenland est confronté dans le contexte de l'intensification de la compétition géopolitique dans l'Arctique : comment préserver et étendre ses droits d'autonomie et sa souveraineté décisionnelle face aux pressions politiques et sécuritaires directes des puissances extérieures, en particulier des États-Unis. Prenant comme point de départ l'événement de janvier 2024 où l'ancien président américain Donald Trump a de nouveau publiquement déclaré que les États-Unis devaient contrôler le Groenland, le rapport analyse systématiquement les réactions politiques internes au Groenland, la position du Royaume du Danemark, et l'impact profond de cet événement sur l'orientation future du statut constitutionnel du Groenland.

Le rapport commence par exposer le contexte de l'événement : le Parlement groenlandais (Inatsisartut) a exceptionnellement avancé sa session ordinaire à janvier, dans le but de répondre collectivement aux déclarations de Trump, interprétées comme une pression politique et sécuritaire directe. Bien que les principaux partis politiques du Groenland aient des divergences de longue date sur la question de la séparation du Danemark pour accéder à une pleine indépendance, ils ont cette fois fait preuve d'une grande unité, rejetant unanimement tout changement de statut sous pression extérieure. Le rapport souligne que l'accélération de la fonte de la glace arctique ouvrant de nouvelles voies maritimes (comme le passage du Nord-Ouest) et la demande croissante de ressources critiques comme les terres rares, essentielles pour les batteries et les appareils électroniques modernes, confèrent ensemble au Groenland une valeur géostratégique et économique qui dépasse de loin sa taille démographique, en faisant un nouveau point focal de la compétition entre grandes puissances.

Le rapport analyse plus avant les tensions inhérentes au cadre d'autonomie du Groenland. Depuis l'obtention d'une large autonomie interne en 2009, ses affaires étrangères, sa défense et ses principales questions financières restent contrôlées par Copenhague. Alors que les calculs de sécurité mondiale se concentrent de plus en plus sur l'Arctique, cette répartition des pouvoirs est soumise à une pression considérable. Le rapport documente le débat croissant au sein du Groenland sur la question de savoir si les arrangements actuels offrent un espace politique suffisant pour protéger ses propres intérêts. Bien que le gouvernement danois ait rapidement rejeté les propos de Trump et réaffirmé son soutien au Groenland, cela n'a pas apaisé le mécontentement local concernant l'incapacité à participer directement aux décisions concernant son propre avenir.

Ce rapport révèle un dilemme central : bien que profondément pris dans les jeux d'intérêts des grandes puissances, le Groenland ne peut pas entièrement diriger sa propre politique étrangère. Cependant, la pression extérieure n'a pas conduit les élites politiques groenlandaises à céder ; elle a plutôt produit un effet boomerang – accélérant l'intégration politique interne et suscitant un débat sérieux sur le futur statut constitutionnel. Le consensus actuel ne tourne pas entièrement autour de l'indépendance et de la création d'un État, mais met l'accent sur le renforcement de la capacité de prise de décision indépendante, en particulier dans des domaines tels que la gestion des ressources naturelles, les politiques d'investissement et les relations économiques internationales.

Enfin, le rapport évalue les trajectoires de développement possibles à l'avenir. À court terme, le Groenland pourrait formuler des demandes officielles au Danemark pour élargir ses pouvoirs substantiels. À moyen terme, si les pressions extérieures persistent et que l'unité interne est maintenue, la tenue d'un référendum d'indépendance ne sera plus une question théorique. Le rapport conclut en soulignant que le cas du Groenland révèle les limites de la politique de puissance dans les relations internationales contemporaines : une petite société dotée d'institutions solides et politiquement consciente, face à des pressions ouvertes, a tendance à consolider son identité et à insister sur son droit à l'autodétermination. Pour les États-Unis et les autres grandes puissances qui cherchent à étendre leur influence dans l'Arctique, c'est un avertissement crucial : une posture agressive peut produire des résultats contre-productifs, favorisant l'émergence d'un Groenland insistant sur la neutralité et cherchant à coopérer avec davantage de parties, comme l'Union européenne, plutôt qu'un partenaire fiable. Les revendications du Groenland deviennent une variable clé façonnant le futur paysage des politiques arctiques.