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Trump et la « nécessité » de la prétendue annexion du Groenland par les Etats-Unis : premières réflexions

Cet article analyse en profondeur une série de déclarations et d'actions du gouvernement Trump entre 2017 et 2021 concernant le Groenland. En s'appuyant sur des faits, il réfute ses arguments sécuritaires et révèle les impacts potentiellement catastrophiques de cette démarche sur l'OTAN, les normes de souveraineté arctique et la stabilité stratégique régionale.

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Published

14/01/2026

Liste des titres des chapitres clés

  1. Désinformation et prémisses erronées dans les déclarations de Trump
  2. Engagements de défense du Danemark envers le Groenland et investissements réels
  3. Accès militaire étendu et capacités stratégiques préexistantes des États-Unis au Groenland
  4. Réalités géopolitiques arctiques : absence de menace sur la souveraineté et origines des conflits
  5. Philosophie de la force faisant loi de Trump et de ses conseillers et mépris des droits des peuples autochtones
  6. Menace existentielle des actions unilatérales américaines pour la sécurité collective de l'OTAN
  7. Déclaration conjointe et réaffirmation des principes par les principaux alliés européens
  8. Avertissement géostratégique direct de l'événement pour le Canada

Présentation du document

Cette étude vise à fournir une analyse critique préliminaire des déclarations récentes du président Donald Trump et de son administration selon lesquelles les États-Unis doivent acquérir le Groenland. L'argument central du rapport est que les prémisses clés avancées par l'administration Trump pour justifier sa proposition – incluant une fausse menace sécuritaire de navires chinois et russes infestant les eaux groenlandaises, l'allégation d'un investissement de défense insuffisant du Danemark, et l'affirmation erronée que les arrangements actuels limitent les capacités de défense nord-américaine des États-Unis – sont en contradiction flagrante avec les faits vérifiables et l'architecture de sécurité existante. Ces récits constituent une impulsion politique basée sur la désinformation, dont les motivations sous-jacentes dépassent probablement les préoccupations de sécurité nationale ouvertement déclarées.

Le document commence par réfuter systématiquement les erreurs fondamentales des déclarations de Trump. L'auteur souligne que l'affirmation de navires chinois et russes omniprésents au Groenland est pure invention. Au contraire, le Danemark, en tant que membre fiable de l'OTAN, a annoncé en octobre 2025 une augmentation significative de ses dépenses de défense et investi dans l'achat de plus d'avions de combat américains F-35 pour renforcer la sécurité de l'Arctique et de l'Atlantique Nord, y compris le Groenland. Plus important encore, en vertu du Traité de défense du Groenland de 1951, les États-Unis disposent déjà d'un large accès militaire et de capacités stratégiques au Groenland, la base spatiale de Pituffik (anciennement base aérienne de Thulé) étant un élément clé du système de défense antimissile balistique américain. Les dirigeants danois et du gouvernement autonome groenlandais ont clairement indiqué que les accords existants offrent des opportunités suffisantes pour un renforcement de la présence américaine, mais qu'aucune telle demande n'a été formulée par Washington.

Le rapport examine ensuite l'événement dans le contexte plus large de la sécurité arctique. L'auteur soutient depuis longtemps que la souveraineté des États arctiques n'est pas menacée, que la Russie a les intérêts les plus importants dans la région et respecte le droit international de la mer, et que la Chine ne revendique aucune souveraineté. La crise actuelle ne provient pas d'un différend territorial traditionnel, mais d'une direction inattendue : les États-Unis eux-mêmes. Trump et son cercle restreint considèrent le Groenland comme un bien immobilier négociable, ignorant complètement la volonté du peuple groenlandais en tant que détenteur de droits. La ministre groenlandaise des Affaires étrangères, Vivian Motzfeldt, a fermement souligné son droit à l'autodétermination, déclarant que le Groenland n'appartient ni au Danemark ni aux États-Unis. Cependant, la nomination par le gouvernement américain d'un envoyé spécial pour faire avancer l'acquisition, les propos de son secrétaire d'État sur l'achat plutôt que l'invasion, et l'accent mis sur des relations commerciales durables, révèlent que des motivations économiques et autres, non liées à la sécurité nationale, pourraient être en jeu.

Cette analyse conclut en avertissant qu'une annexion forcée du Groenland par les États-Unis aurait des conséquences stratégiques et normatives désastreuses. Un tel acte équivaudrait à la fin de l'OTAN, privant l'Europe d'un intérêt central de sécurité collective et nuisant également aux États-Unis. La déclaration conjointe des principaux alliés européens comme le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne avec le Danemark, réaffirmant les principes de souveraineté et d'intégrité territoriale basés sur la Charte des Nations Unies et soulignant que la sécurité arctique doit être assurée collectivement, constitue une réprimande sévère des actions américaines. Pour le Canada, il ne s'agit pas d'une simple farce lointaine. Si les États-Unis transforment le Groenland en territoire rouge, blanc et bleu par coercition, le Canada deviendrait le seul pays entre l'Alaska et le nouveau territoire atlantique nord-américain des États-Unis, inversant fondamentalement son environnement géostratégique. Le rapport met en garde, avec les leçons de l'histoire, contre la complaisance de croire que "cela n'arrivera pas ici", attitude qui pourrait avoir des conséquences catastrophiques. Cette étude offre aux professionnels de la défense et des relations internationales une analyse approfondie et factuelle d'un cas illustrant comment l'unilatéralisme d'une grande puissance peut éroder les systèmes d'alliance, défier les normes internationales et constituer un test sérieux pour la stabilité d'une région stratégique clé comme l'Arctique.