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Analyse de la nouvelle version de la Stratégie de sécurité nationale : un tournant remarquable

Cet article analyse les changements fondamentaux de la stratégie de sécurité nationale de l'administration Trump au cours des deux mandats, en se concentrant sur la dilution de sa perception de la menace sino-russe, la redéfinition de la responsabilité des alliés et son impact profond sur la stabilité stratégique mondiale.

Detail

Published

29/01/2026

Liste des titres des chapitres clés

  1. Introduction
  2. Comparaison des deux stratégies
  3. Évolution de la perception de la menace chinoise
  4. Évolution de la perception de la menace russe
  5. Négligence des menaces posées par l'Iran et la Corée du Nord
  6. Loi des conséquences non intentionnelles

Présentation du document

Ce rapport vise à fournir une analyse approfondie de la Stratégie de Sécurité Nationale (NSS) publiée lors du second mandat de l'administration Trump et à la comparer avec le document stratégique homonyme publié lors du premier mandat en 2017. L'argument central du rapport est que la NSS de 2025 marque, à bien des égards, un recul stratégique significatif et préoccupant, notamment dans l'identification et la réponse aux menaces extérieures les plus graves auxquelles les États-Unis sont confrontés. Le rapport soutient que le nouveau document stratégique ignore presque complètement les défis posés par la Chine et la Russie, pourtant soulignés par son prédécesseur et qui se sont considérablement intensifiés ces dernières années. Ce changement fondamental de perception constitue un danger potentiel pour la sécurité des États-Unis eux-mêmes et pour la fiabilité de leur système d'alliances mondiales.

Le rapport commence par comparer les NSS de 2017 et 2025, révélant leurs différences considérables dans la perception de la concurrence entre grandes puissances, en particulier des menaces chinoise et russe. La NSS de 2017 identifiait avec précision la Chine comme la principale menace extérieure pour la sécurité américaine et soulignait le comportement révisionniste de la Russie. Cependant, la NSS de 2025 minimise ces menaces, voire les évite. Le rapport détaille une série d'actions agressives de la Russie depuis 2017, y compris sa guerre contre l'Ukraine, ses menaces nucléaires, le développement de nouvelles armes stratégiques, la violation du traité New START et sa coopération sans limites avec la Chine. De même, le rapport souligne les progrès significatifs de la Chine dans l'expansion de son arsenal nucléaire, les menaces dans le détroit de Taïwan, la militarisation de la mer de Chine méridionale, la cyber-guerre et les opérations d'influence, autant d'éléments qui ne sont pas suffisamment élaborés ou traités dans la NSS de 2025.

Dans son analyse spécifique, le rapport indique que la nouvelle stratégie, en ce qui concerne la politique envers la Chine, propose seulement de rééquilibrer les relations économiques, sans expliquer comment cela atténuera la menace pour la sécurité nationale posée par Pékin. Sur la question de la mer de Chine méridionale, la stratégie est vague, manquant d'identification des concurrents spécifiques et de plans de réponse clairs. Concernant la politique envers la Russie, le document ignore la responsabilité de Moscou dans l'agression contre l'Ukraine, pointant plutôt du doigt les alliés européens, remettant en question leurs capacités économiques et militaires, et appelant à un transfert de la responsabilité de la défense européenne à l'Europe elle-même. Plus crucial encore, le document énonce l'objectif vague de rétablir une stabilité stratégique avec la Russie, ce qui entre en contradiction évidente avec l'initiative du Golden Dome proposée par le président lui-même.

Le rapport révèle en outre des omissions majeures dans la nouvelle NSS concernant la réponse aux menaces iranienne et nord-coréenne. Contrairement à la NSS de 2017 qui condamnait explicitement la menace nucléaire nord-coréenne et le soutien de l'Iran au terrorisme, la NSS de 2025 ne mentionne pas du tout la menace nord-coréenne, le mot "Corée du Nord" n'apparaissant même pas. Concernant l'Iran, il existe des incohérences internes dans le document : le préambule affirme que l'opération Midnight Hammer a détruit les capacités d'enrichissement nucléaire de l'Iran, tandis que le corps du texte indique seulement qu'elle les a considérablement affaiblies.

Enfin, le rapport évalue les conséquences non intentionnelles que ce virage stratégique pourrait entraîner. Il avertit que le changement radical de la politique américaine ébranlera davantage la confiance des alliés dans les engagements de sécurité des États-Unis, remettant en question la fiabilité et la crédibilité des États-Unis en tant qu'allié. Cela pourrait conduire à des discours en Europe sur la fin de l'alliance transatlantique, affaiblissant gravement l'efficacité de la dissuasion étendue et augmentant les risques de conflit. Un retrait stratégique américain d'Europe, quelle qu'en soit la forme, pourrait déclencher une réaction en chaîne, encourageant les forces expansionnistes et mettant finalement en péril le système de dissuasion nucléaire étendue qui a maintenu la paix en Europe depuis plus de quatre-vingts ans. L'analyse de ce rapport est basée sur une comparaison mot à mot des deux documents stratégiques officiels. Elle vise à fournir aux décideurs politiques et aux analystes stratégiques un cadre d'évaluation rigoureux pour comprendre les changements fondamentaux de la stratégie de sécurité nationale américaine actuelle et leurs profondes implications géopolitiques.