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Augmentation des impôts pour la guerre : analyse du projet de budget annuel de la Russie

Sur la base du projet de budget divulgué par mois et année, ce rapport analyse en profondeur la logique financière du Kremlin pour maintenir une guerre prolongée par des ajustements fiscaux et une restructuration des dépenses, son impact sur les secteurs économiques nationaux et sa stabilité stratégique.

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Published

07/02/2026

Liste des titres des chapitres clés

  1. Noyau du projet de budget : Nouvelles taxes et dépenses de guerre
  2. Comparaison des plans de dépenses : Quelles différences entre 2026 et 2025 ?
  3. Priorités de politique étrangère : Les orientations du Kremlin révélées par la répartition budgétaire
  4. Trois facteurs clés guidant la stratégie budgétaire russe
  5. Impact économique anticipé : Choc pour les PME et évaluation de la stabilité macroéconomique
  6. Déficit budgétaire et objectifs de réserves : Équilibrer les recettes et les dépenses et reconstituer les amortisseurs

Présentation du document

Le projet de budget fédéral russe pour 2026, récemment publié par le ministère des Finances, révèle clairement la détermination du Kremlin à mobiliser les finances nationales pour maintenir son opération militaire en Ukraine. L'essence de ce projet réside dans une série de mesures fiscales visant à combler le déficit budgétaire croissant, dû à l'explosion des dépenses de défense et à l'érosion des revenus pétroliers et gaziers sous l'effet des sanctions occidentales, marquant une nouvelle orientation de la politique économique russe vers un modèle de finances de guerre.

Le changement le plus notable dans le projet est la proposition d'augmenter le taux de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 20 % à 22 %, tout en abaissant considérablement le seuil de revenu annuel pour son application aux entreprises – le faisant passer de 60 millions de roubles à 10 millions de roubles, ce qui devrait toucher environ 450 000 petites entreprises et travailleurs indépendants supplémentaires. En outre, le gouvernement prévoit d'introduire une taxe de 5 % sur les mises pour les jeux d'argent et une taxe de 25 % sur les bénéfices des sociétés du secteur. Selon les estimations de l'économiste moscovite Dmitry Polevoy, ces nouvelles taxes, ainsi que la suppression de certains avantages fiscaux, pourraient générer entre 2,4 et 2,9 billions de roubles (environ 293 à 354 milliards de dollars) de recettes supplémentaires pour les finances publiques en 2026, dans le but d'éviter une réduction nominale du plan de dépenses.

Bien que les recettes totales devraient augmenter de près de 10 %, atteignant 40,3 billions de roubles, les dépenses fédérales totales ne sont prévues de croître que modérément de 4,3 %, à 44,1 billions de roubles. Cela reflète une approche budgétaire prudente et conservatrice : ni réduction des dépenses, ni contrôle strict de leur plafond de croissance. La structure de l'allocation budgétaire illustre clairement les priorités stratégiques. Les dépenses de défense et de sécurité intérieure représenteront encore environ 38 % du budget 2026, un niveau similaire aux deux années précédentes (environ 40 %). Parallèlement, les subventions aux régions ukrainiennes occupées augmentent considérablement, celle pour la région de Donetsk passant à 77,8 milliards de roubles. Le budget des médias et de la propagande est également renforcé, notamment avec un doublement des fonds pour le projet "La Russie dans le monde" visant à promouvoir les valeurs traditionnelles auprès de la jeunesse à l'étranger. En contraste, de nombreux projets liés au développement et aux services publics, tels que le développement rural, l'industrie aéronautique, l'énergie et la modernisation des soins de santé primaires, font face à des réductions significatives.

Trois facteurs principaux sous-tendent cette stratégie budgétaire. Premièrement, les recettes de 2025 sont inférieures aux attentes, les revenus pétroliers et gaziers devant chuter de 22 % par rapport à 2024, portant le déficit à 2,6 % du PIB, son plus haut niveau depuis 2020. L'objectif du gouvernement est de le ramener à 1,6 % en 2026. Deuxièmement, la prolongation du conflit en Ukraine et la possible intensification des sanctions obligent Moscou à trouver un équilibre entre le maintien des dépenses de défense et l'évitement d'un effondrement financier, tout en planifiant la reconstitution des réserves de liquidités du Fonds national de bien-être. Enfin, les pressions inflationnistes élevées persistent ; un budget équilibré contribuerait à atténuer ces pressions et créerait des conditions propices à une future baisse des taux d'intérêt par la banque centrale.

Les analyses indiquent que le nouveau régime fiscal affectera le plus directement les petites et moyennes entreprises (PME), pouvant accélérer la consolidation du marché et forcer les petites entreprises à être rachetées ou à former des alliances. Cependant, au niveau macroéconomique, aucun bouleversement majeur n'est anticipé. L'augmentation de la TVA ne devrait ajouter que 0,6 à 0,7 point de pourcentage à l'inflation en 2026. De plus, les analystes estiment que la charge fiscale russe en pourcentage du PIB pourrait encore augmenter de 3 à 5 %, restant relativement faible par rapport à de nombreux pays de l'OCDE. Dans l'ensemble, le projet de budget 2026 représente un effort crucial de la Russie, dans un contexte de guerre prolongée et de sanctions persistantes, pour assurer le financement de ses actions stratégiques via des ajustements fiscaux structurels, tout en maintenant une stabilité macroéconomique fondamentale.