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Politique économique dans un contexte d'incertitude mondiale

Basé sur une analyse approfondie du rapport économique post-budget du Trésor australien, cette étude se concentre sur les choix de politiques face à la concurrence entre grandes puissances, à la fragmentation mondiale et aux défis de productivité nationale.

Detail

Published

22/12/2025

Liste des titres des chapitres clés

  1. Dynamiques économiques récentes
  2. Le nouveau paradigme international
  3. Comment les pays répondent-ils à l'incertitude et à la fragmentation mondiales ?
  4. La réponse de l'Australie
  5. Renforcer la résilience par la productivité
  6. Marchés dynamiques : le rôle de la concurrence et la politique nationale de la concurrence
  7. Climat et énergie
  8. Main-d'œuvre qualifiée : mobilité et logement
  9. Adoption technologique et innovation
  10. Économie du soin
  11. Perspectives budgétaires
  12. Conclusion

Présentation du document

Ce rapport est basé sur le discours post-budgétaire du Dr Steven Kennedy, secrétaire du Trésor australien, prononcé devant l'Association des économistes d'entreprise australiens le 28 mai 2025. Le contexte central est que l'économie mondiale entre dans une nouvelle période d'incertitude élevée persistante, caractérisée par une intensification de la concurrence stratégique entre grandes puissances, une érosion des règles et normes internationales, et une accélération de la fragmentation économique et politique. En tant qu'économie ouverte de taille moyenne dont la prospérité dépend fortement d'un ordre mondial stable, l'Australie doit repositionner sa politique économique dans ce nouveau paradigme.

Le rapport analyse d'abord les développements économiques récents, en mettant l'accent sur les importantes mesures tarifaires annoncées par le président américain en avril 2025 et la volatilité des marchés qu'elles ont déclenchée. Bien qu'un déclassement tarifaire entre les États-Unis et la Chine ait suivi, les tensions devraient persister. Le rapport note que l'escalade tarifaire et l'incertitude politique qui en résulte ont conduit le Fonds monétaire international (FMI) à revoir à la baisse ses prévisions de croissance mondiale, avec des révisions particulièrement significatives pour la Chine et les États-Unis. Cet environnement pose des risques directs et indirects pour l'économie australienne via les canaux du commerce, de l'investissement et des chaînes d'approvisionnement. Le Trésor a quantifié l'impact potentiel de différents scénarios (tarifs seuls, tarifs plus incertitude, risque souverain américain, etc.) sur le PIB réel de l'Australie, des États-Unis et de la Chine grâce à une série d'analyses de scénarios.

Le rapport propose ensuite un nouveau paradigme international : les États-Unis remodèlent l'ordre économique et politique mondial de manière plus assertive pour défendre leurs intérêts, ce qui les engage dans une compétition stratégique plus profonde avec la Chine, principale puissance manufacturière mondiale. Parallèlement, des événements géopolitiques comme le conflit russo-ukrainien marquent un tournant dans la politique stratégique et économique européenne. Sur le plan intérieur, de nombreux pays sont plus divisés et polarisés, avec une montée du sentiment nationaliste, rendant la construction d'un consensus difficile. Face à cette incertitude et fragmentation mondiales, le rapport identifie trois grandes tendances politiques : renforcer la résilience économique par des réformes structurelles ; promouvoir la diversification commerciale et économique pour réduire les dépendances ; et augmenter les investissements dans les capacités de dissuasion, y compris les dépenses de défense et le renforcement des accords de sécurité.

Concernant la réponse de l'Australie, le rapport se développe selon les trois dimensions de résilience, diversification et dissuasion. Accroître le rythme et la stabilité de la croissance de la productivité est identifié comme le moyen le plus central de renforcer la résilience nationale. Le gouvernement a chargé la Commission de la productivité d'élaborer un plan de réforme autour de cinq piliers (créer une économie plus dynamique et résiliente, investir dans une énergie plus propre et moins chère, bâtir une main-d'œuvre qualifiée et adaptable, exploiter les données et les technologies numériques, fournir des soins de qualité de manière plus efficace). En matière de diversification, le rapport s'oppose à répondre aux barrières commerciales par d'autres barrières, préconisant plutôt de réduire les risques en renforçant l'architecture commerciale existante (comme le PTPGP) et en explorant de nouveaux marchés. Pour la dissuasion, l'Australie prévoit d'augmenter progressivement ses dépenses de défense, mais souligne la nécessité d'un équilibre prudent entre les acquisitions de défense et le maintien des capacités souveraines, afin de ne pas nuire aux industries où elle possède un avantage comparatif.

Les sections suivantes du rapport approfondissent les domaines de réforme spécifiques pour améliorer la productivité. Cela inclut le renforcement de la concurrence sur les marchés via des mécanismes comme la politique nationale de la concurrence, la promotion de réformes de tarification de l'usage des routes pour optimiser l'utilisation des infrastructures, la conception de mécanismes de marché efficaces (comme le mécanisme de sauvegarde) pour réaliser une réduction des émissions à faible coût, la réforme du marché national de l'électricité pour s'adapter à la transition vers les énergies renouvelables, l'optimisation des processus d'approbation environnementale, l'amélioration de la mobilité de la main-d'œuvre et de l'offre de logements via des licences professionnelles nationales et l'interdiction de certaines clauses non compétitives, et l'encouragement de l'adoption technologique et de l'innovation. Le rapport accorde une attention particulière aux défis de productivité dans l'économie du soin (santé, soins aux personnes âgées, etc.), notant que le modèle actuel de paiement à l'acte peut entraver les gains d'efficacité basés sur les résultats, et présente l'expérience de l'introduction de signaux de prix et de participations financières modérées dans la réforme des soins aux personnes âgées.

Enfin, le rapport examine les perspectives budgétaires de l'Australie. Bien que le gouvernement ait réalisé des excédents budgétaires consécutifs et conserve une notation de crédit AAA, le budget structurel reste déficitaire et la situation financière de certains États et territoires se détériore. Le rapport conclut que, dans un contexte où l'inflation est maîtrisée et le chômage à un niveau historiquement bas, l'orientation future de la politique se concentrera sur la réponse aux cinq piliers politiques du gouvernement, en particulier l'amélioration de la productivité et de la résilience. Dans un monde plus risqué et imprévisible, l'Australie doit, par des ajustements politiques prudents, maintenir ses principes économiques traditionnels de discipline budgétaire, d'arbitrages et d'analyse coût-bénéfice tout en s'adaptant à de nouveaux défis comme la sécurité économique, afin de préserver son modèle économique capitaliste démocratique.