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La Russie et la Corée du Nord reconnaissent officiellement le déploiement des troupes nord-coréennes et son impact

Sur la base de l'analyse de contexte, de l'interprétation des motivations stratégiques et de l'évaluation de l'impact multidimensionnel des déclarations officielles de la Russie et de la Corée du Nord, le document couvre les sujets clés tels que le positionnement du droit international, le renforcement de l'alliance, l'interaction des dirigeants et la gestion narrative intérieure.

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Published

22/12/2025

Liste des titres des chapitres clés

  1. Résumé
  2. Contexte et implications de la reconnaissance officielle par la Russie et la Corée du Nord du déploiement de troupes nord-coréennes
  3. Légitimation en tant qu'acte légal d'un État normal
  4. Fournir un prétexte à la visite de Kim Jong-un en Russie
  5. La Corée du Nord obtient le statut de cobelligérant
  6. Renforcement des relations entre la Russie et la Corée du Nord
  7. Gestion de l'opinion publique nationale et divinisation de Kim Jong-un

Présentation du document

Fin avril 2025, la Russie et la Corée du Nord ont successivement reconnu officiellement que l'armée nord-coréenne exécutait des missions de combat dans la guerre de la Russie contre l'Ukraine. Cette évolution marque la confirmation officielle de rumeurs et d'allégations de renseignement persistantes depuis environ six mois. Ce briefing analyse en profondeur le contexte, les motivations directes et les multiples implications stratégiques de cet événement de reconnaissance conjointe. L'objectif central du rapport est d'analyser pourquoi les deux parties, après des dénis prolongés, ont choisi ce moment pour une confirmation officielle, et comment cet acte est stratégiquement utilisé pour remodeler le récit, consolider l'alliance et servir leurs objectifs politiques intérieurs et extérieurs.

Le rapport commence par retracer la chronologie des événements et les déclarations officielles. Du côté russe, le président Poutine et le chef d'état-major des forces armées, Valery Gerasimov, ont été les premiers, le 26 avril, à remercier publiquement les soldats nord-coréens pour leur rôle actif et leur héroïsme dans la libération de la région frontalière de Koursk. Deux jours plus tard, la Corée du Nord a confirmé par une déclaration écrite de sa Commission militaire centrale, affirmant que ses actions étaient basées sur l'article 4 du "Traité de partenariat stratégique global" signé en juin 2024, constituant une réponse défensive à l'aventureuse invasion du territoire russe par l'Ukraine. Cette démarche vise à cadrer le déploiement militaire comme un acte légal relevant des obligations du traité, tentant ainsi d'établir une base de légitimité dans le cadre du droit international pour sa participation à un conflit extérieur.

L'analyse indique que la reconnaissance officielle par la Russie et la Corée du Nord sert cinq objectifs stratégiques interconnectés. Le premier est la construction d'un récit de légitimation : la Corée du Nord s'efforce de dépeindre les actions de son armée à Koursk (présenté par la Russie comme son propre territoire) comme un acte légal remplissant les obligations d'un allié, afin d'éviter les accusations d'agression qu'un engagement direct dans d'autres régions contestées d'Ukraine pourrait provoquer. Le second est de préparer le terrain pour des interactions de haut niveau : l'annonce russe de la libération complète de Koursk et ses remerciements à la Corée du Nord sont perçus comme créant un prétexte politique pour une visite potentielle de Kim Jong-un en Russie, notamment pour les commémorations du 80e anniversaire de la victoire dans la Seconde Guerre mondiale, pouvant même impliquer des arrangements symboliques comme la participation de forces spéciales nord-coréennes à un défilé ou l'accompagnement de la fille de Kim Jong-un.

Le troisième est l'obtention du statut de cobelligérant. La reconnaissance officielle fait juridiquement de la Corée du Nord un cobelligérant dans la guerre, ses personnels pouvant bénéficier du statut de prisonnier de guerre défini par les Conventions de Genève, et non d'un statut de mercenaire. Cela fournit une base juridique pour une participation nord-coréenne potentielle aux négociations de paix russo-ukrainiennes et la revendication d'intérêts correspondants, mais expose simultanément ses dirigeants au risque potentiel de poursuites devant la Cour pénale internationale pour complicité présumée de crimes de guerre. Le quatrième est l'approfondissement du partenariat stratégique. La coopération sur le champ de bataille, qualifiée par Poutine de lien d'amitié trempé au feu, présage d'une coopération approfondie et multidimensionnelle entre les deux parties dans les domaines militaire, diplomatique, économique et technologique après la guerre, y compris une participation nord-coréenne potentielle à des projets de reconstruction post-conflit.

Le cinquième est le contrôle du récit national et le renforcement du culte de la personnalité. Face aux rumeurs de pertes massives potentielles dues au déploiement à l'étranger, les autorités nord-coréennes sont passées de la dissimulation à la propagande ouverte. En diffusant les remerciements de Poutine et en planifiant l'érection d'un monument aux héros combattants à Pyongyang, elles façonnent la participation à la guerre comme un acte de gloire, visant à diviniser la décision de Kim Jong-un, à apaiser les familles des militaires et à prévenir d'éventuels facteurs d'instabilité interne dus aux sacrifices.

Basé sur l'analyse textuelle des déclarations officielles (site du Kremlin, Agence centrale de presse nord-coréenne, etc.) et l'intégration d'informations de renseignement pertinentes, ce briefing fournit une évaluation rigoureuse et ponctuelle pour comprendre la transformation qualitative des relations russo-nord-coréennes dans le contexte de la guerre en Ukraine, les jeux de légitimité de l'action militaire outre-mer révolutionnaire de la Corée du Nord et ses implications profondes sur l'architecture de sécurité en Asie du Nord-Est.