Le djihadisme au Pakistan : Al-Qaïda, l'État islamique et les militants locaux
Basé sur des dizaines d'entretiens avec des membres d'organisations armées, cette analyse approfondie explore l'interaction complexe entre l'« État profond » pakistanais et les organisations jihadistes mondiales, retrace leur évolution stratégique et examine leur impact à long terme sur la sécurité en Asie du Sud.
Detail
Published
22/12/2025
Liste des Titres des Chapitres Clés
- Introduction : L'Écosystème du Jihadisme au Pakistan et la Question Centrale
- L'État Profond Pakistanais, Al-Qaïda et les Premiers Contacts avec les Jihadistes (1980-2001)
- L'Évolution Stratégique des Organisations Jihadistes Mondiales au Pakistan après 2001
- Le Mouvement des Taliban du Pakistan : Le Rejeton du Jihad Mondial
- Les Suprémacistes Sunnites : Les Alliés Inattendus d'Al-Qaïda
- Jihad Mondial et Jihad Cachemiri : Collaboration ou Assimilation ?
- Conclusion
Présentation du Document
Ce rapport, basé sur des recherches de terrain originales, analyse en profondeur les dynamiques complexes et évolutives entre les organisations jihadistes mondiales au Pakistan (principalement Al-Qaïda et sa branche AQIS, ainsi que l'État Islamique) et les groupes armés jihadistes locaux. L'étude se concentre sur la manière dont l'armée et les agences de renseignement pakistanaises (l'État profond) ont progressivement perdu le contrôle des groupes jihadistes qu'ils utilisaient comme outils de politique étrangère, et comment Al-Qaïda et l'État Islamique ont exploité cet espace pour étendre leur influence. Le rapport remet en question la vision traditionnelle qui réduit Al-Qaïda à un simple modèle de franchise, révélant qu'en Asie du Sud, elle dépend davantage d'un modèle de conseil et d'assistance, cultivant un réseau de clients et d'alliés par le biais de financements, d'entraînements et de conseils, plutôt que d'établir des branches directes et puissantes.
La recherche a utilisé une méthode hybride unique, dont la pierre angulaire est constituée de 114 entretiens, contacts téléphoniques ou rencontres menés par des chercheurs locaux entre 2013 et 2020, impliquant d'anciens ou actuels membres de 36 organisations jihadistes, notamment le Mouvement des Taliban du Pakistan, Lashkar-e-Taiba, Jaish-e-Mohammed, Harakat-ul-Jihad-al-Islami, Lashkar-e-Jhangvi, la province du Khorasan de l'État Islamique et sa branche pakistanaise, ainsi qu'Al-Qaïda dans le sous-continent indien. En outre, des entretiens ont été menés avec des officiers du renseignement afghans, pakistanais et iraniens, des anciens tribaux et des donateurs. Grâce à une vérification croisée en plusieurs cycles et par plusieurs canaux, ainsi qu'à un filtrage des informations sensibles, l'équipe de recherche a cherché à reconstituer au maximum les faits dans un environnement hautement sensible et rempli de désinformation.
Le rapport retrace en détail l'évolution généalogique du jihadisme pakistanais depuis la guerre afghane contre les Soviétiques dans les années 1980 jusqu'à aujourd'hui. Dans un premier temps, le Pakistan a réussi à façonner son environnement stratégique périphérique en soutenant les moudjahidines afghans et les groupes armés cachemiris. Cependant, après les événements du 11 septembre, en particulier l'invasion de l'Afghanistan par les États-Unis, des membres centraux d'Al-Qaïda ont afflué au Pakistan et ont établi des liens profonds avec les groupes jihadistes locaux. Les chapitres centraux analysent l'émergence, les divisions internes et le conflit avec l'État pakistanais du Mouvement des Taliban du Pakistan en tant que client clé d'Al-Qaïda ; examinent l'alliance entre Al-Qaïda et les groupes extrémistes sectaires sunnites (comme Lashkar-e-Jhangvi), basée sur le pragmatisme plutôt que sur une convergence idéologique ; et explorent comment les organisations armées centrées sur le Cachemire (comme Lashkar-e-Taiba) maintiennent une coopération à la fois avec l'État pakistanais et Al-Qaïda.
Une découverte clé de l'étude est que la relation entre Al-Qaïda et l'État profond pakistanais n'est pas une simple opposition ou complicité, mais a connu plusieurs cycles d'accords et de ruptures (comme les accords supposés de 2005, 2014, 2019), dont la nature a fluctué avec l'évolution de la situation régionale et la pression américaine. Parallèlement, l'entrée de l'État Islamique en Asie du Sud à partir de 2014, via ses branches du Khorasan et du Pakistan, a compliqué davantage le paysage en rivalisant avec Al-Qaïda pour la loyauté des groupes jihadistes locaux. Le rapport souligne que, malgré les différences stratégiques et idéologiques entre les deux grandes organisations jihadistes mondiales, leurs opérations pratiques au Pakistan démontrent un haut degré de pragmatisme et d'adaptation locale.
Enfin, ce rapport fournit une analyse approfondie et fondée sur des sources primaires pour comprendre la complexité du Pakistan en tant que plaque tournante clé du jihadisme mondial. Il révèle les frontières floues entre les acteurs étatiques et non étatiques au Pakistan, les limites locales des stratégies des organisations jihadistes mondiales, et les défis persistants que cette interaction complexe pose à la stabilité intérieure du Pakistan et à la sécurité régionale en Asie du Sud.