Rapport du Conseil de la défense britannique : évaluation de la posture de défense britannique, de la base industrielle et de la contribution à la sécurité européenne
Sur la base du sixième rapport de la session de l'Union européenne, cet article analyse le rôle de leadership de la Grande-Bretagne dans la sécurité européenne, le goulot d'étranglement de la capacité industrielle et la vulnérabilité de la défense nationale après la guerre russo-ucraine.
Detail
Published
22/12/2025
Liste des titres des chapitres clés
- Introduction et Contexte
- Défense européenne récente
- Réformer la base industrielle de défense britannique
- Défendre le territoire national
- Conclusions et Recommandations
- Priorité à l'OTAN
- Défense aérienne et antimissile intégrée
- Engagements minilatéraux et bilatéraux
- Force expéditionnaire conjointe
- Relations Royaume-Uni - Union européenne
- État actuel de la base industrielle
- Préoccupations persistantes
Présentation du document
Ce rapport constitue le sixième rapport formel (HC 520) publié en novembre 2025 par le Comité de la défense de la Chambre des communes du Royaume-Uni. Il vise à examiner de manière exhaustive la contribution, les capacités et les défis du Royaume-Uni dans le contexte sécuritaire européen actuel. Basé sur une enquête spéciale lancée en décembre 2024, le rapport s'appuie sur 7 auditions de preuves, ainsi que sur des visites de terrain en Estonie, en Finlande, en France, en Ukraine et aux États-Unis, et sur des visites à plusieurs commandements de l'OTAN. Il cherche à évaluer le positionnement stratégique et l'efficacité pratique du Royaume-Uni en tant que puissance militaire majeure en Europe, dans le contexte remodelé par l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie.
La structure principale du rapport s'articule autour de trois dimensions clés. Premièrement, il analyse en profondeur la contribution directe du Royaume-Uni à la sécurité collective européenne, en examinant particulièrement la mise en œuvre de sa politique de priorité à l'OTAN, son leadership dans des mécanismes minilatéraux comme la Force expéditionnaire conjointe (JEF), ainsi que les progrès et obstacles dans le partenariat de sécurité et de défense avec l'UE après le Brexit. Le rapport indique clairement que, bien que le Royaume-Uni affirme jouer un rôle de leader, la taille de ses forces armées (manquant de masse), son incapacité à atteindre à temps les objectifs de capacités du processus de planification de défense de l'OTAN (NDPP), et son manquement à l'engagement de l'Article 3 du Traité de Washington concernant le développement des capacités individuelles et collectives de résistance, sapent gravement sa crédibilité et son influence. De plus, le rapport exprime de sérieuses préoccupations concernant la dépendance critique de l'Europe vis-à-vis des capacités américaines dans des domaines clés comme la défense aérienne et antimissile intégrée (IAMD).
Deuxièmement, le rapport consacre une large partie à l'analyse de la crise structurelle profonde de la base industrielle de défense britannique. Les preuves indiquent que la base industrielle fait face à de multiples défis en termes de capacité de production, de compétences, de vitesse d'innovation, de processus d'acquisition et de canaux de financement, et n'est pas préparée à une défense collective durable. Bien que le gouvernement ait publié la Stratégie industrielle de défense (DIS) et nommé un Directeur national de l'armement, les antécédents de mise en œuvre insuffisante des stratégies passées amènent le Comité à adopter une attitude prudente quant à l'efficacité de l'agenda de réforme actuel. Le rapport souligne spécifiquement des problèmes concrets tels que la durée excessive des examens de sécurité, les risques d'inflation de la défense, les difficultés de financement des PME et la vulnérabilité des chaînes d'approvisionnement. Il avertit que, sans une augmentation substantielle de la capacité industrielle, les nouveaux investissements de défense pourraient être absorbés par l'inflation sans se traduire en capacités de combat réelles.
Enfin, le rapport critique sévèrement le retard important du Royaume-Uni dans la défense du territoire national et la préparation de la résilience sociétale. Le Comité a constaté que les progrès du plan de défense du territoire national, destiné à remplir les obligations de l'Article 3 de l'OTAN, sont lents, son contenu est confidentiel, et il manque une communication efficace avec le public et l'industrie. Le contenu spécifique et le calendrier du projet de loi proposé sur l'état de préparation à la défense (Defence Readiness Act) ne sont pas clairs, et la coordination entre le Cabinet Office, le Ministère de la Défense et d'autres départements semble insuffisante. Citant le modèle de sécurité sociétale finlandais en comparaison, le rapport souligne que, face aux menaces directes actuelles telles que les attaques de zone grise, le sabotage et l'espionnage, la construction d'un système de défense et de résilience transparent et impliquant l'ensemble de la société est une urgence absolue.
Dans l'ensemble, ce rapport est une évaluation politique autoritaire basée sur des preuves détaillées. Il ne se contente pas de décrire l'écart entre les capacités et les ambitions du Royaume-Uni face à la crise sécuritaire européenne, mais pointe également de manière incisive une série de lacunes systémiques, allant de la mobilisation industrielle à la préparation des citoyens. Ses conclusions et recommandations fournissent une base essentielle pour comprendre les débats internes et l'orientation future de la politique de défense britannique dans l'ère post-guerre en Ukraine.