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Livre blanc sur les politiques intitulé Défis et opportunités : la voie vers l'intelligence artificielle localisée au Canada

Sur la base des sept priorités énoncées dans les lettres de mandat du Premier ministre du Canada, une analyse systématique de l’impact clé de l’intelligence artificielle sur la sécurité nationale, la transformation économique, l’équité sociale et la stratégie géopolitique, ainsi que des cadres politiques correspondants.

Detail

Published

22/12/2025

Liste des titres des chapitres clés

  1. Établir de nouvelles relations économiques et de sécurité avec les États-Unis et renforcer la coopération avec des partenaires commerciaux et alliés mondiaux fiables
  2. Construire une économie canadienne unifiée en éliminant les barrières commerciales interprovinciales et en identifiant et accélérant les projets de construction nationaux
  3. Réduire le coût de la vie des Canadiens et les aider à réussir
  4. Améliorer l'accessibilité au logement en libérant la puissance des partenariats public-privé, en catalysant une industrie moderne du logement et en créant de nouvelles carrières dans les métiers spécialisés
  5. Protéger la souveraineté et la sécurité nationale du Canada en renforçant les Forces armées canadiennes, en sécurisant les frontières et en améliorant l'application de la loi
  6. Attirer les meilleurs talents mondiaux pour stimuler la construction économique, tout en ramenant le taux d'immigration global à un niveau durable
  7. Réduire les dépenses de fonctionnement du gouvernement afin que les Canadiens puissent investir davantage dans les personnes et les entreprises qui construiront l'économie la plus forte du G7

Présentation du document

Ce livre blanc politique a été rédigé conjointement par plusieurs chercheurs de premier plan d'universités canadiennes de l'initiative IA+Société de l'Université d'Ottawa. Il vise à répondre aux défis complexes posés par la pénétration généralisée de la technologie de l'intelligence artificielle dans tous les domaines de la société. Le rapport utilise la lettre de mandat publiée par le Premier ministre canadien Mark Carney en mai 2025 comme cadre d'analyse politique. Il explore en profondeur les relations multidimensionnelles entre le développement de l'IA et les sept priorités stratégiques nationales, visant à fournir une feuille de route stratégique pour façonner une voie de développement responsable de l'IA, fabriquée au Canada et distincte du modèle de la Silicon Valley américaine.

La structure du rapport s'articule systématiquement autour des sept domaines prioritaires de la lettre de mandat. Au niveau des relations commerciales et de sécurité, le rapport indique que le Canada joue actuellement principalement le rôle de fournisseur de matières premières (telles que les minéraux critiques, les terres, l'électricité) et d'hébergeur de centres de données dans la chaîne de valeur de l'IA, faisant face au risque de devenir un appendice d'une économie d'extraction numérique. À cette fin, le rapport recommande de planifier des corridors de croissance pour les centres de données qui équilibrent énergie propre et impact social, et explore la faisabilité de créer une infrastructure de cloud public via une société de la Couronne pour renforcer la souveraineté numérique. En matière d'intégration économique nationale et d'action climatique, le rapport analyse les opportunités de construire un réseau électrique national à faible émission de carbone pour soutenir les besoins énergétiques de l'industrie de l'IA, tout en mettant en garde contre un usage prudent des pouvoirs accélérés de la Loi C-5 (Loi sur l'économie unifiée du Canada) pour éviter de nuire aux engagements de réconciliation avec les peuples autochtones et à la confiance sociale.

L'impact potentiel de l'IA sur le marché du travail est l'une des préoccupations centrales du rapport. La recherche indique que l'IA pourrait éroder les emplois à revenu intermédiaire, exacerber les risques de stagnation salariale et de chômage, et remodeler la tarification de la main-d'œuvre par de nouveaux mécanismes tels que la discrimination salariale algorithmique. Le rapport souligne que les stratégies traditionnelles de perfectionnement des compétences et de micro-certifications sont insuffisantes. Il appelle à un investissement accru dans l'enseignement supérieur (en particulier dans les programmes d'arts libéraux mettant l'accent sur la métacognition et la pensée critique) et dans l'apprentissage des métiers spécialisés, ainsi qu'à des plans de soutien à la transition holistiques, incluant des dimensions géographiques, de genre et sociales, pour les travailleurs déplacés par l'automatisation. À l'intersection du logement et du climat, le rapport évalue le rôle des appareils intelligents dans la réduction des émissions et les risques associés à la vie privée, l'accessibilité financière et la réparabilité. Il appelle à des règles claires pour prévenir la discrimination et l'inflation des prix induites par les algorithmes sur le marché locatif.

L'analyse croisée de la sécurité nationale et de l'IA révèle des défis importants. Le rapport note que le secteur de la défense canadien prévoit de devenir habilité par l'IA d'ici 2030, mais qu'une dépendance excessive aux services de cloud et d'algorithmes internationaux (notamment américains) compromettrait la souveraineté et la sécurité des données. Le US CLOUD Act permet l'accès du gouvernement américain aux données stockées sur le sol canadien. De plus, les biais algorithmiques dans les applications militaires de l'IA peuvent avoir des conséquences mortelles, comme l'illustre l'augmentation des victimes civiles due à l'utilisation par Israël d'un système d'IA pour identifier des cibles à Gaza. Le rapport recommande au Canada de concentrer sa R&D en IA sur des domaines d'avantage comparatif et de légitimité éthique, comme la réponse aux urgences et les technologies de maintien de la paix, afin de forger une image de leader en matière de normes humanitaires pour l'IA.

En matière de stratégie d'immigration et de talents, le rapport estime que la classification traditionnelle des immigrants en « hautement qualifiés » et « faiblement qualifiés » est dépassée face aux transformations du marché du travail induites par l'IA. Le Canada pourrait profiter des incertitudes de la politique d'immigration américaine pour attirer les talents mondiaux, mais doit réformer son système d'immigration pour reconnaître plus largement les compétences et inclure les immigrants et les travailleurs peu qualifiés dans les plans de reconversion pour la transition. Enfin, concernant l'efficacité gouvernementale, le rapport cite la leçon du ministère américain de l'efficacité gouvernementale, où une automatisation à grande échelle a conduit à des licenciements de travailleurs qualifiés et à la confusion des programmes. Il met en garde contre le fait que l'application de l'IA dans le secteur public doit rester limitée, transparente et soumise à une supervision externe, car la capacité à long terme du gouvernement repose sur des employés experts et non sur des systèmes experts.

L'argument central de ce rapport est que le Canada ne devrait pas s'engager dans une course au « vainqueur prend tout » pour développer les plus grands modèles d'IA générale, sans considération des coûts sociaux et écologiques. Au contraire, il devrait ouvrir une voie de développement différenciée, guidée par les valeurs canadiennes (pluralisme, démocratie délibérative, droits de la personne) au sein d'un système commercial mondial multipolaire, en cultivant des modèles d'IA plus petits, personnalisés, axés sur l'intégrité éthique, la responsabilité environnementale et la sensibilité au contexte. Cela exige des décideurs politiques qu'ils pèsent soigneusement, à chaque décision de déploiement de l'IA, les tensions entre souveraineté, réconciliation, action environnementale et accessibilité financière, afin de garantir que le développement technologique serve l'intérêt public et les intérêts nationaux à long terme.