La guerre du crowdsourcing : les risques de l'implication de la technologie civile et la réforme du droit international
Analyser les nouvelles formes de conflit où les civils participent sous l’impulsion des technologies telles que les smartphones et les plateformes en ligne, et examiner les défis qu’elles posent au droit international humanitaire ainsi que les propositions de réformes ciblées.
Detail
Published
23/12/2025
Liste des titres des chapitres clés
- Introduction
- Formes pratiques de la guerre par crowdsourcing
- Controverses juridiques sur le ciblage des civils
- Domaines de divergence clés dans les conflits armés internationaux
- Défis supplémentaires des conflits armés non internationaux
- Vulnérabilité des civils dans la guerre par crowdsourcing
- Reconstruction des règles de la guerre par crowdsourcing
- Conclusion
Présentation du document
Le développement rapide des technologies numériques transforme fondamentalement la nature de la guerre moderne. Des outils tels que les smartphones et les plateformes Internet permettent aux civils de participer directement aux opérations militaires d'une manière sans précédent, qu'ils se trouvent dans une zone de conflit ou n'importe où dans le monde. Ce nouveau mode de conflit, défini comme la guerre par crowdsourcing, offre aux parties les plus faibles une voie innovante pour résister à des adversaires plus puissants, mais pose également des défis juridiques et humanitaires majeurs. La question centrale est la suivante : les civils participant à de telles actions perdent-ils leur statut protégé par le droit international humanitaire (DIH) et deviennent-ils ainsi des cibles militaires légitimes ?
Ce rapport systématise cinq formes pratiques typiques de la guerre par crowdsourcing, incluant des applications de participation comme e-Enemy et ePPO en Ukraine, la légion de hackers volontaires ukrainiens du secteur IT, le recrutement et le financement participatif via les médias sociaux, les rapports de renseignement open source, et le soutien des communications par satellite StarLink. Ces cas révèlent que les civils peuvent fournir un soutien direct aux conflits armés par divers moyens tels que le téléchargement de données, les cyberattaques, les dons financiers et l'analyse du renseignement, avec un faible seuil de participation, des limites géographiques réduites et une coordination efficace.
Le rapport analyse en profondeur les difficultés d'interprétation auxquelles le DIH est confronté à l'ère de la guerre par crowdsourcing. Concernant la définition de la participation directe aux hostilités (PDH), la communauté internationale est divisée en deux camps principaux : une interprétation restrictive et une interprétation large. Les divergences portent principalement sur quatre questions centrales : la localisation de la chaîne de causalité, le délai de ciblage, la continuité de la participation répétée et les conditions de cessation de la participation. Dans le contexte des conflits armés non internationaux, la détermination de l'appartenance à un groupe armé organisé accroît encore la complexité de la protection des civils.
Sur la base de l'analyse de ces controverses juridiques, le rapport évalue la vulnérabilité des différents types de participants à la guerre par crowdsourcing. L'étude révèle que l'application d'une interprétation large pourrait conduire à ce que des millions de civils participant à la guerre par crowdsourcing soient considérés comme des cibles militaires légitimes, non seulement les exposant à des menaces pour leur vie, mais aussi risquant d'impliquer les personnes à proximité et de brouiller la distinction entre civils et combattants. De plus, ces participants civils sont confrontés à des risques juridiques tels que la détention et les poursuites, et les infrastructures numériques qu'ils utilisent peuvent également devenir des cibles d'attaque.
Pour relever ces défis, le rapport propose trois recommandations de réforme principales : premièrement, adopter une approche d'interprétation restrictive, réexaminer et ajuster les interprétations juridiques larges formées après le 11 septembre ; deuxièmement, renforcer la responsabilité des États, en veillant à ce que les risques soient pleinement communiqués et le DIH respecté lorsque des civils sont invités à participer à des actions de guerre ; troisièmement, promouvoir la réforme du DIH, resserrer les critères de ciblage des civils et préserver le principe de distinction entre civils et combattants.
Fondé sur une analyse détaillée de cas, l'interprétation de textes juridiques et l'évaluation des pratiques conflictuelles, ce rapport constitue une référence faisant autorité pour comprendre les nouvelles formes de guerre et améliorer le système de règles internationales. Il présente une valeur académique et pratique importante pour les chercheurs en défense, les décideurs politiques, les spécialistes du droit international et les analystes géopolitiques.