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République démocratique du Congo : Lettre ouverte au 1er Sommet de l'Union africaine

Concernant le conflit armé et la crise humanitaire dans l'est de la RDC, le Conseil de paix et de sécurité de l'UA a été appelé à prendre des mesures décisives pour garantir les droits des civils et promouvoir la résolution des causes profondes du conflit.

Detail

Published

23/12/2025

Liste des Titres des Chapitres Clés

  1. Efforts existants de l'UA et des mécanismes associés pour faire face à la crise en RDC
  2. Nature du conflit armé dans l'est de la RDC et état actuel des violations des droits de l'homme
  3. Situation de la crise humanitaire dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu
  4. Recommandation d'action principale (1) au Conseil de Paix et de Sécurité de l'UA : Déploiement d'une commission d'enquête
  5. Recommandation d'action principale (2) au Conseil de Paix et de Sécurité de l'UA : Cessez-le-feu et renforcement du maintien de la paix
  6. Recommandation d'action principale (3) au Conseil de Paix et de Sécurité de l'UA : Protection des défenseurs des droits de l'homme
  7. Recommandation d'action principale (4) au Conseil de Paix et de Sécurité de l'UA : Responsabilisation pour les violations
  8. Recommandation d'action principale (5) au Conseil de Paix et de Sécurité de l'UA : Garantie des couloirs humanitaires
  9. Recommandation d'action principale (6) au Conseil de Paix et de Sécurité de l'UA : Protection et autonomisation des droits des femmes
  10. Aborder les causes profondes pour une résolution durable des conflits régionaux

Présentation du Document

Le 12 février 2025, 30 organisations de la RDC, d'Afrique et internationales ont soumis une lettre ouverte conjointe au 38e Sommet de l'Union africaine (UA), appelant le Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de l'UA à prendre des mesures décisives lors de sa réunion thématique du 14 février concernant la situation grave en République démocratique du Congo (RDC). Initiée par la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), cette lettre ouverte met en lumière l'escalade continue du conflit armé dans l'est de la RDC, les violations systématiques des droits de l'homme et la catastrophe humanitaire, soulignant la nécessité de répondre à la crise par des moyens politiques et judiciaires et d'établir une commission d'enquête indépendante.

Le conflit trouve son origine principale dans la reprise des opérations armées du Mouvement du 23 mars (M23) fin 2021, entraînant des affrontements entre le M23 soutenu par l'Armée de défense du Rwanda (RDF), les Forces armées de la RDC (FARDC) et leurs alliés (y compris d'autres groupes armés). Ce conflit a conduit à de graves violations du droit international des droits de l'homme et du droit international humanitaire, pouvant constituer des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, notamment des violences sexuelles et basées sur le genre, des déplacements forcés et des déplacements de population. Le 27 janvier 2025, lorsque le M23 a pénétré dans la ville de Goma, provoquant une évasion de la prison de Munzenze, des rapports faisant état de viols suivis de meurtres de centaines de femmes et de filles ont souligné l'urgence de la situation.

La situation humanitaire dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu en RDC est au bord de l'effondrement : le conflit armé bloque l'accès à l'aide humanitaire et compromet le droit des civils à se réfugier en sécurité. Dans la région, les défenseurs des droits de l'homme et les travailleurs humanitaires sont pris pour cible par les deux parties au conflit, les obligeant à suspendre des travaux essentiels tels que la documentation des violations, les condamnations et l'assistance humanitaire. Il est important de noter que la population congolaise subit des violences continues depuis plus de 30 ans, et la crise actuelle est fondamentalement un conflit structurel au niveau régional, nécessitant de toute urgence des solutions substantielles allant au-delà des déclarations de surface.

La lettre ouverte reconnaît les mesures préliminaires prises par l'UA, y compris la tenue d'une réunion ministérielle d'urgence le 28 janvier 2025 et la publication d'un communiqué autorisant la Commission de l'UA à déployer une commission d'enquête. Elle salue également les efforts du président de la Commission de l'UA, Moussa Faki, pour promouvoir un sommet conjoint de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) et de la Communauté de l'Afrique de l'Est (EAC). Ce sommet, tenu le 8 février, a appelé toutes les parties au conflit à un cessez-le-feu, au rétablissement des infrastructures essentielles et des lignes d'approvisionnement, et à un règlement pacifique du conflit par le processus de Luanda/Nairobi.

Sur cette base, le document adresse une série de demandes spécifiques au Conseil de Paix et de Sécurité de l'UA : établir un calendrier clair pour le déploiement de la commission d'enquête et garantir son opérationnalisation avant la fin février 2025 ; établir un mode de collaboration efficace entre l'UA et le mécanisme de médiation SADC-EAC ; pousser les gouvernements de la RDC et du Rwanda ainsi que tous les groupes armés, y compris le M23 et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), à un cessez-le-feu immédiat et au dialogue ; renforcer les ressources et le mandat des forces de maintien de la paix pour protéger les civils et les couloirs humanitaires ; créer un mécanisme de sécurité pour les défenseurs des droits de l'homme et soutenir leur participation à toutes les étapes de la résolution du conflit ; tenir les auteurs de violations responsables via les mécanismes de l'UA relatifs aux droits de l'homme et à la responsabilité, en accordant une attention particulière aux cas de violence sexuelle et basée sur le genre ; garantir un accès humanitaire sans entrave et le droit des civils à un refuge sûr ; et mettre en place des mesures de protection spécifiques pour les femmes, en assurant leur participation aux négociations de paix et aux décisions de reconstruction post-conflit.

En conclusion, la lettre ouverte souligne que, malgré les efforts déployés par l'UA et ses partenaires, la gravité de la crise exige une réponse plus immédiate et globale. Elle appelle les chefs d'État et de gouvernement africains ainsi que les décideurs concernés à accroître la pression pour mettre fin immédiatement au conflit, protéger la sécurité des civils et réaliser une paix régionale durable en s'attaquant aux causes profondes du conflit.