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Pris dans le dilemme de la transition : politique et violence en Haïti (-)

Se concentrer sur les difficultés du gouvernement de transition, les menaces des gangs et l'intervention sécuritaire internationale, analyser les causes de la crise de gouvernance dans les pays des Caraïbes et les voies de résolution.

Detail

Published

23/12/2025

Liste des titres des chapitres clés

  1. Introduction
  2. Les dilemmes du gouvernement de transition
  3. La voie de la réforme en Haïti
  4. La menace des gangs et la faiblesse des réponses
  5. Atteindre la sécurité et la stabilité en Haïti
  6. Conclusion

Présentation du document

Après l'assassinat du président haïtien Jovenel Moïse en 2021, le pays est plongé dans une instabilité politique prolongée et une escalade de la violence. Début 2024, une coalition de gangs a lancé un siège à grande échelle sur la capitale Port-au-Prince, contrôlant plus de 80% de la ville, déclenchant une catastrophe humanitaire. Sur l'ensemble de l'année 2024, plus de 5600 personnes ont été tuées par des violences liées aux gangs, des millions de personnes ont été déplacées et près de la moitié de la population est confrontée à une crise alimentaire. Dans ce contexte, des acteurs internationaux comme la Communauté caribéenne (CARICOM) et les États-Unis ont poussé à la formation d'un gouvernement de transition, et la Mission de Soutien à la Sécurité (MSS) dirigée par le Kenya, mandatée par l'ONU, a été déployée pour tenter de briser le contrôle des gangs.

Depuis sa création en avril 2024, le gouvernement de transition a été entravé par des luttes intestines partisanes et des accusations de corruption. Des conflits de pouvoir ont éclaté entre le Conseil présidentiel de transition et deux Premiers ministres successifs. Trois membres du Conseil ont été plongés dans une crise de confiance suite à des accusations de corruption, et les divergences avec les factions politiques qui les soutiennent ont encore affaibli la capacité de gouvernance. Les préparatifs du référendum sur la réforme constitutionnelle et des élections prévues fin 2025 ont progressé lentement. Le Conseil électoral provisoire n'a achevé la nomination de ses membres qu'en décembre 2024, la mise à jour de l'inscription des électeurs est en retard, et la détérioration de l'environnement sécuritaire remet sérieusement en cause la faisabilité des élections.

L'expansion des gangs constitue la principale menace sécuritaire. Des coalitions comme "Viv Ansanm" contrôlent non seulement des axes de transport cruciaux et des zones urbaines, mais renforcent aussi leur puissance en libérant des prisonniers et en attaquant des installations militaires et policières. Elles envisagent même de former des partis politiques pour participer au processus politique. La Mission de Soutien à la Sécurité (MSS), confrontée à des pénuries de financement et de personnel (seulement environ 1000 déployés début 2025, loin de l'objectif de 2500), peine à remplir son mandat efficacement. La Police Nationale d'Haïti manque d'équipement et souffre d'une attrition sévère de son personnel. Bien que l'émergence d'organisations d'autodéfense comble partiellement le vide sécuritaire, elle accroît aussi le risque d'escalade des conflits.

Ce rapport s'appuie sur des entretiens menés entre mars 2024 et février 2025 avec 232 parties prenantes clés, couvrant les domaines de l'administration publique, des forces de sécurité et de la société civile, entre autres. L'analyse indique que le gouvernement de transition doit prioritairement résoudre ses divisions politiques internes et établir une stratégie nationale de sécurité efficace. La communauté internationale devrait renforcer le soutien financier et logistique à la MSS via les mécanismes des Nations Unies, ou la transformer en opération de maintien de la paix, afin de concentrer les efforts pour affaiblir les gangs.

Le rapport souligne qu'organiser des élections précipitées avant une amélioration des conditions de sécurité pourrait permettre aux gangs d'infiltrer le système politique. Il recommande la création d'un mécanisme de "Conférence des factions" pour coordonner les intérêts de toutes les parties, et de fixer des critères de sécurité clairs avant d'avancer le processus électoral. La réforme constitutionnelle doit adhérer aux principes d'inclusivité et de transparence, évitant de pousser des changements institutionnels majeurs sans large consensus en période de crise.