Le jeu « calme » au Mexique : comment Scheinbaum utilise les données et la souveraineté pour contrer la menace d'intervention de Trump
19/01/2026
Le 16 janvier 2026, lors de la conférence de presse matinale au Palais présidentiel de Mexico, la présidente Claudia Sheinbaum, face aux caméras nationales et internationales, a énuméré avec fermeté une série de chiffres : les saisies de fentanyl à la frontière ont diminué de 50 %, les homicides intentionnels ont baissé de 40 %, et environ 320 tonnes de drogues ont été confisquées. Elle a qualifié ces résultats de très convaincants. Cependant, la publication de ces données ne s'inscrivait pas dans le cadre d'un simple bilan de gouvernance, mais plutôt dans une crise géopolitique imminente. Seulement quelques jours auparavant, le président américain Donald Trump avait publiquement menacé que l'armée américaine commencerait à frapper les cibles terrestres des cartels de la drogue au Mexique. Cette déclaration a immédiatement tendu les nerfs dans toute l'Amérique latine.
Le discours de Sheinbaum était, par essence, une communication stratégique méticuleusement planifiée. Son objectif central était clair et urgent : démontrer à Washington, par des résultats quantifiables, que le Mexique est capable de gérer de manière autonome les questions de sécurité, afin d'empêcher toute discussion sur une intervention militaire unilatérale des États-Unis. Ce jeu diplomatique et sécuritaire qui se déroule au sud de la frontière américano-mexicaine ne concerne pas seulement les relations entre les deux pays voisins, mais reflète également la réalité difficile des nations latino-américaines luttant pour leur survie entre souveraineté et sécurité dans l'ère post-interventionniste des États-Unis.
Au bord de la crise : l'ombre de l'intervention de Caracas à Mexico
Pour comprendre pourquoi Sheinbaum a lancé de manière urgente la théorie des résultats le 16 janvier, il est nécessaire de remonter au début du mois de janvier 2026. À l'époque, l'armée américaine a mené un raid spectaculaire, renversant directement le régime du président vénézuélien Nicolás Maduro. Cette action a été comme un rocher jeté dans le lac politique de l'Amérique latine, dont les ondulations se sont rapidement propagées jusqu'à Mexico. La chute de Maduro a envoyé un signal froid et clair à tous les dirigeants des pays considérés comme problématiques par Washington : l'administration Trump non seulement conservait, mais était également prête à exercer son pouvoir d'intervention militaire extraterritoriale.
Trump a ensuite clairement pointé du doigt le Mexique lors d'une interview avec Fox News. Il a déclaré que les États-Unis avaient déjà détruit 97% des drogues entrant par voie maritime, et que l'objectif suivant serait de cibler les cartels de la drogue et de lancer des opérations terrestres. Ce discours militarisé, qui associe directement les organisations criminelles transnationales au territoire d'un État souverain, combiné aux précédents du Venezuela, fait que le Mexique ne fait plus face à de simples frictions bilatérales, mais à une réelle menace d'invasion. L'appel téléphonique et la déclaration conjointe, dans la soirée du 15 janvier, entre le secrétaire d'État américain Marco Rubio et le ministre mexicain des Affaires étrangères Juan Ramón de la Fuente, bien que formulés avec prudence en affirmant que les deux parties conviennent de la nécessité de prendre davantage de mesures pour faire face aux menaces communes, n'ont pas réussi à dissiper les nuages qui planent sur les relations entre les deux pays.
C'est précisément sous cette pression intense et imminente que Sheinbaum a choisi de passer à l'offensive. Cette présidente de gauche, qui se targue d'un esprit calme, adopte une stratégie radicalement différente de la posture de confrontation de Maduro. Au lieu de recourir à une rhétorique anti-américaine virulente, elle tente de désamorcer les prétextes d'intervention des États-Unis en démontrant l'efficacité de la coopération et ses capacités de gouvernance. Cette approche repose sur une logique implacable : face à une asymétrie de puissance absolue, une confrontation directe pourrait entraîner des conséquences désastreuses ; tandis qu'en répondant partiellement aux demandes essentielles des États-Unis (comme la lutte contre les drogues et le contrôle de l'immigration), tout en maintenant fermement les limites de la souveraineté, le Mexique pourrait peut-être se gagner un espace de respiration.
**Des résultats extrêmement convaincants** : le récit politique derrière les données et les défis réels
Les données présentées par Sheinbaum lors de la conférence de presse constituent la pierre angulaire de son récit politique. Chaque donnée a été soigneusement sélectionnée pour répondre directement aux accusations qui préoccupent le plus les États-Unis.
Premièrement, la réponse à la crise du fentanyl. Elle a souligné que la quantité de fentanyl saisie par les autorités américaines à la frontière avait diminué de 50 %. Le fentanyl est le principal responsable de la crise actuelle des opioïdes aux États-Unis et l'un des sujets centraux sur lesquels l'administration Trump accuse le Mexique. Montrer cette baisse des saisies vise à prouver que les efforts d'application de la loi du Mexique portent leurs fruits à la source, en coupant la chaîne d'approvisionnement. Quelques jours seulement avant la conférence de presse, les autorités mexicaines avaient également annoncé la saisie de plus de 1500 livres de méthamphétamine (crystal meth) dans des laboratoires clandestins, apportant une preuve supplémentaire de leur capacité d'action contre la production de drogues.
Ensuite, l'amélioration des indicateurs de violence. Un taux de baisse de 40% des meurtres intentionnels constitue une réfutation puissante du stéréotype selon lequel la violence au Mexique est incontrôlable. Le taux d'homicides est l'un des indicateurs les plus intuitifs et les plus suivis au niveau international pour mesurer la situation sécuritaire d'un pays. Sheinbaum tente d'utiliser ces données pour dépeindre un tableau où la situation s'améliore rapidement, affaiblissant ainsi la justification morale des interventions américaines au nom du rétablissement de l'ordre.
Enfin, le contrôle des questions migratoires. Elle a évoqué les flux migratoires clairsemés. Dans un contexte où l'administration Trump place la crise frontalière au cœur de l'agenda politique intérieur, démontrer que le Mexique joue un rôle dans la maîtrise des flux migratoires vers le nord constitue un atout clé pour rechercher la coopération plutôt que la confrontation avec Washington.
Cependant, l'analyse révèle que ces résultats doivent être examinés dans un contexte plus complexe. Les fluctuations des saisies de drogues sont influencées par divers facteurs, notamment les changements de routes de trafic, les priorités changeantes des forces de l'ordre et les ajustements stratégiques des groupes criminels. La baisse à court terme du taux d'homicides est certes un signal positif, mais les racines du crime organisé au Mexique – incluant les structures économiques corrompues, la gouvernance locale faible et l'immense économie illégale – sont loin d'être éradiquées du jour au lendemain. Les données présentées par Sheinbaum ressemblent davantage à un outil de gestion de crise, dont l'objectif premier est d'établir une défense politique et médiatique, plutôt que de proclamer une victoire finale.
« Responsabilité partagée » et ligne rouge de souveraineté : la reddition des comptes inversée de Sheinbaum
Dans le discours de Sheinbaum, la partie la plus stratégique n'est pas de présenter les réalisations de son propre camp, mais plutôt d'adresser des exigences claires et inversées aux États-Unis. Cela constitue la deuxième ligne de front dans son jeu froid : redéfinir la question de la sécurité, en la transformant d'un problème mexicain en un problème commun aux États-Unis et au Mexique, tout en traçant une ligne rouge de souveraineté infranchissable.
Elle a appelé à plusieurs reprises les États-Unis à assumer leurs responsabilités, en mettant particulièrement l'accent sur deux points : arrêter la contrebande d'armes et résoudre la demande intérieure de drogue. Sheinbaum a clairement indiqué : l'autre partie doit également faire sa part. Leur crise de consommation doit également être abordée sous l'angle de la santé publique, à travers l'éducation et la sensibilisation. Ce discours renvoie habilement la balle dans le camp américain. Il révèle que le commerce de la drogue est essentiellement un marché transnational alimenté par l'offre et la demande : l'énorme marché de consommation de drogue aux États-Unis et la facilité avec laquelle les armes entrent au Mexique nourrissent ensemble la violence et les finances des cartels. Combattre uniquement l'offre (Mexique) tout en négligeant la demande et le flux d'armes (États-Unis) est logiquement partial et inefficace en pratique.
Plus important encore est l'affirmation de souveraineté. Lors de son appel téléphonique avec Trump le 13 janvier, Sheinbaum a directement informé ce dernier que l'intervention des États-Unis n'était pas nécessaire, tout en soulignant la souveraineté et l'intégrité territoriale du Mexique. Lors de la conférence de presse du 16 janvier, elle a réitéré : il doit y avoir un respect mutuel et une responsabilité partagée, ainsi que le respect de la souveraineté de notre pays. Ces déclarations ont tracé une ligne rouge claire pour le Mexique : la coopération est la bienvenue, mais les actions unilatérales sont rejetées ; la coordination est acceptée, tandis que l'application transfrontalière de la loi est opposée.
Cette combinaison de responsabilité partagée et de ligne de fond de souveraineté est une posture défensive diplomatique classique pour les pays faibles face aux menaces des grandes puissances. Elle tente de restreindre les impulsions unilatérales des puissants en invoquant les principes fondamentaux des relations internationales (égalité souveraine) et la complexité objective du problème (responsabilité commune). Le message que Sheinbaum cherche à transmettre à Trump est le suivant : l'intervention militaire non seulement viole la souveraineté, mais est également inefficace d'un point de vue de résolution de problèmes, car elle ignore que la moitié des racines du problème se trouve aux États-Unis eux-mêmes.
Corde économique et épée de sécurité : la double dissuasion de Trump et la vulnérabilité du Mexique.
Le jeu calme de Sheinbaum se déroule sur une corde raide économique extrêmement fragile. La dissuasion de Trump envers le Mexique n'a jamais été une simple menace sécuritaire, mais s'est toujours combinée à des liens économiques profonds. C'est précisément le plus grand dilemme stratégique auquel le Mexique est confronté.
Selon les informations de l'article, 80% des exportations du Mexique sont destinées aux États-Unis. L'Accord États-Unis-Mexique-Canada (USMCA) entre les deux pays constitue le cadre clé qui soutient cet immense flux commercial. Trump a clairement lié les questions de sécurité à la politique commerciale, menaçant à plusieurs reprises d'utiliser des outils tarifaires, voire d'interrompre les négociations de l'USMCA prévues pour 2026. Cela signifie que si le Mexique ne satisfait pas Washington en matière de coopération sécuritaire, ses lignes économiques vitales pourraient être gravement affectées.
Cette pression de type sécurité-économie réduit considérablement la marge de manœuvre de Sheinbaum. Elle doit démontrer des résultats en matière de sécurité pour satisfaire Trump, sans pour autant faire des concessions qui porteraient atteinte aux intérêts fondamentaux de la souveraineté nationale ; elle doit maintenir la coopération avec les États-Unis pour assurer la stabilité économique, tout en préservant son image de gouvernante défendant la dignité nationale sur le plan intérieur. Son affirmation d'un dialogue très positif et de sa compréhension ressemble davantage à une rhétorique diplomatique visant à stabiliser la situation et à apaiser les opinions tant nationales qu'internationales, plutôt qu'à une confiance naïve dans les intentions réelles de Trump.
D'un point de vue géopolitique plus large, la situation du Mexique reflète celle de l'Amérique latine à l'ère du Trumpisme 2.0. Le cas du Venezuela montre que l'intervention militaire est devenue une option. La désignation de Cuba et du Mexique révèle l'extension de la logique d'intervention. La stratégie de Sheinbaum – qui consiste à désamorcer les prétextes d'intervention par une coopération proactive, la démonstration de résultats et la mise en avant de responsabilités partagées – pourrait servir de référence importante pour d'autres pays latino-américains confrontés à des pressions similaires. Cependant, le succès de cette stratégie ne dépend pas uniquement des efforts du Mexique, mais aussi de la volonté de Washington d'accepter ce cadre de résolution fondé sur la coopération et le respect mutuel, ou de persister dans sa logique unilatérale et coercitive de domination.
La présidente Sheinbaum a présenté des résultats extrêmement convaincants ce matin de janvier 2026, qui se sont finalement révélés être une démonstration d'urgence pour empêcher une tempête plus importante. Les données sont des armes, la souveraineté est un bouclier, et la responsabilité commune est la règle du jeu que l'on tente de redéfinir. Ce jeu est loin d'être terminé. La courbe du taux d'homicides au Mexique, le flux de fentanyl à la frontière et les priorités de l'agenda politique à Washington continueront de tester la résilience stratégique de Sheinbaum, malgré son calme apparent. Dans la structure de pouvoir inégale du continent nord-américain, chaque défense de la souveraineté par le Mexique est comme la construction d'un barrage dans un courant rapide, nécessitant à la fois une volonté ferme et des compétences exceptionnelles, et sa stabilité finale dépendra en partie de la vague capricieuse en amont.