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Le changement pragmatique et le mythe de l'influence mondiale dans la perspective des think tanks - Une interprétation détaillée de la stratégie de sécurité nationale américaine (4)

03/01/2026

La publication du rapport de la Stratégie de sécurité nationale de l'administration Trump a une fois de plus déclenché une discussion approfondie et une bataille féroce dans les cercles stratégiques américains. Basé sur les points de vue de base de nombreux think tanks traditionnels tels que le Centre américain pour les études stratégiques et internationales (CSIS), le Conseil atlantique et d'autres, cet article analyse systématiquement le noyau stratégique, la logique de tournant et les défis d'atterrissage du rapport, et analyse son impact potentiel sur le paysage géopolitique global.

I. Évaluation globale du rapport : tournant stratégique et préoccupations profondes

(I) La qualité de base : le changement fondamental de la politique étrangère

En prenant comme fil conducteur les points de vue centraux de l'article du CSIS "Les points forts de la Stratégie de Sécurité Nationale ne suffisent pas à alerter", un consensus parmi plusieurs think tanks majeurs est que ce rapport marque une refonte fondamentale de la politique étrangère américaine en termes d'orientation idéologique et de logique d'action pratique. L'administration Trump a tenté d'établir, à travers ce rapport, un nouveau cadre de politique étrangère **America First**, construisant ainsi un nouveau paradigme diplomatique distinct des précédents.

(II) Caractéristiques et expressions clés du nouveau paradigme

Ce nouveau paradigme intègre profondément les gènes du pragmatisme, mais il a également fait l'objet de vives critiques de la part de nombreux think tanks, considéré comme présentant des défauts de myopie. Les formulations clés du rapport dessinent clairement son orientation politique : premièrement, l'agenda démocratique est manifestement terminé, abandonnant complètement l'obsession idéologique qui était au cœur de la diplomatie américaine, à savoir l'exportation de la démocratie ; deuxièmement, les choix de politique étrangère seront entièrement centrés sur l'objectif fondamental de **rendre les États-Unis plus forts et plus prospères**.

À cet égard, les critiques craignent que ce choix politique centré sur l'égoïsme ne conduise les États-Unis à devenir plus isolés, plus faibles et plus divisés à l'avenir, nuisant ainsi à leur influence mondiale à long terme.

Politique européenne : critiques sévères et revendications d'autonomie

(A) Attitude de base : le choc et la mise en évidence des différences

La communauté des think tanks estime généralement que ce rapport constitue pour l'Europe **une alarme percutante et un réveil brutal, reflétant profondément le fossé immense entre la perception que l'Europe a d'elle-même et les attentes stratégiques de l'administration Trump. Le message central du rapport est clair et direct : exiger que l'Europe prenne en main ses propres affaires périphériques et en assume les coûts de manière indépendante**. Il s'agit essentiellement d'une pression exercée sur l'Europe pour la contraindre à atteindre une autonomie stratégique.

(2) Critique de base : la critique sévère au niveau de la civilisation

La partie la plus alarmante du rapport pour l'Europe est la critique des caractéristiques de la civilisation européenne. Le rapport accuse l'Europe de perdre son identité européenne, sous-tend une tendance implicite à inciter à la peur de l'immigration et à adhérer à une vision idéalisée de l'Europe du vieux monde - une vision jugée douteuse par les chercheurs des think tanks.

Le rapport énumère explicitement la prétendue liste de crises en Europe, incluant : l'érosion des libertés politiques et de la souveraineté nationale par des institutions transnationales comme l'UE ; les conflits liés aux politiques migratoires ; l'existence de censure de la liberté d'expression et de répression de l'opposition politique ; la chute brutale du taux de natalité ; la perte d'identité nationale et de confiance. Le rapport avertit que si ces tendances persistent, le continent européen pourrait devenir méconnaissable d'ici 20 ans.

(3) Les objectifs des États-Unis envers l'Europe et la réaction des think tanks

L'objectif des États-Unis envers l'Europe n'est pas d'affaiblir l'Europe, mais d'aider l'Europe à corriger sa trajectoire actuelle, à construire une Europe forte pour assister les États-Unis dans la compétition mondiale et à prévenir conjointement toute domination de l'Europe par un adversaire. Plus extrême encore, le rapport suggère que certains pays de l'OTAN pourraient à l'avenir devenir majoritairement peuplés de non-Européens, ce qui poserait des questions non résolues quant à leur identité au sein de l'OTAN et à leurs relations d'alliance avec les États-Unis (les formulations associées étant ironiquement appelées Francestan et Germanystan).

Le think tank a réagi vivement : les auteurs du CSIS estiment que ces accusations contre la culture européenne penchent fortement vers des discours englobant l'extrême droite, ce qui ne ferait que réjouir Poutine et mettre Bruxelles sur des charbons ardents ; quant à l'expert de la Brookings Institution, il souligne avec acuité que le rapport, en prétendant que la civilisation européenne est effacée, est lui-même en train de l'effacer.

III. Politique envers la Chine : la poursuite de la confrontation et la disposition de l'arc de résistance

Les différences entre les « goûts » de la Chine et le rapport

Du point de vue chinois, le rapport présente deux types de contenus distincts : d'une part, les éléments susceptibles de rassurer la Chine, notamment l'affirmation claire que les États-Unis privilégient la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays et le respect de la souveraineté nationale, ce qui pourrait atténuer les inquiétudes de la Chine concernant la stabilité de son régime ; d'autre part, les aspects que la Chine rejette explicitement, y compris les appels à un retrait de l'Amérique latine et une politique de dissuasion robuste.

(ii) Stratégie de base : confinement de l'arc de résistance

Le rapport définit clairement la stratégie de jeu de base des États-Unis contre la Chine dans la région Asie-Pacifique - la construction d'un système d'arc de résistance de confinement coordonné de l'alliance et des partenaires. L'introduction de cette stratégie provient du déni et de la réflexion complète des milieux stratégiques américains sur la voie passée des contacts avec la Chine.

(III) Consensus des groupes de réflexion : cohérence et vigilance dans le tournant vers la Chine

Plusieurs think tanks sont parvenus à un consensus : le rapport indique correctement que la politique d'engagement passée envers la Chine a **échoué**, estimant que les tentatives précédentes de coopération avec la Chine et l'optimisme quant à son ascension étaient **naïfs**. Les cercles stratégiques américains affichent un haut degré d'unité dans leur attitude anti-chinoise et approuvent largement la section du rapport concernant la Chine. Il est alarmant de constater que, bien que certains think tanks aient mis en doute la capacité des États-Unis à jouer le rôle de leader de l'Arc de la Résistance, les hauts responsables de l'autre partie considèrent généralement cette stratégie comme efficace.

IV. Économie et priorités intérieures : orientation vers la croissance et fin de l'agenda démocratique

(A) La logique économique de base et les difficultés de mise en œuvre

Le rapport construit une chaîne logique progressive de l'autonomisation économique - prospérité nationale - compétitivité internationale : les États-Unis doivent d'abord réaliser un avantage concurrentiel dans le domaine commercial pour consolider les fondations de la prospérité nationale ; et la stabilité et la prospérité nationales fourniront à leur tour un soutien solide à la compétition stratégique au niveau international. Cependant, la mise en œuvre de cette logique est confrontée à des obstacles pratiques. Comment établir un système raisonnable de coopération commerciale, promouvoir le rapatriement de la fabrication et garantir la sécurité des minéraux et ressources critiques sont devenus les défis centraux à résoudre dans la conception des politiques et leur mise en œuvre pratique.

2) Mesures de mise en œuvre spécifiques

Pour mettre en œuvre l'objectif prioritaire économique, le rapport propose plusieurs mesures concrètes : premièrement, il appelle le gouvernement américain à collaborer plus étroitement avec le secteur privé ; deuxièmement, il précise que chaque ambassadeur doit devenir un défenseur des entreprises américaines, ce qui signifie que les États-Unis pourraient utiliser leur influence pour exercer des pressions sur les pays du tiers monde concernant des intérêts tels que les minéraux critiques.

La fin de l'agenda démocratique

En contraste frappant avec la mise en avant de l'agenda économique, le rapport opère un changement fondamental dans le positionnement des questions démocratiques, les perspectives de la démocratie étant bien plus sombres. Le rapport considère la démocratie comme **un élément accessoire, et non comme une vision centrale pour construire un monde pacifique en autonomisant des citoyens indépendants, marquant ainsi l'absence de cosmopolitisme et l'échec de trois décennies de Lumières**.

V. Politique à l'égard des autres régions : un tournant pragmatique de l'idéologie

(i) Amérique latine : orientation coopérative avec des intérêts prioritaires

Les États-Unis ont abandonné les liens idéologiques de leur politique en Amérique latine et ont clairement indiqué qu 'ils récompenseraient les gouvernements qui sont généralement en accord avec les principes américains.

Moyen-Orient : renoncer à la coopération étroite de la prédication

Au Moyen-Orient, les États-Unis travailleront en étroite collaboration avec les monarchies du Golfe, en renonçant à leur faire la morale — tant qu'une coopération peut être établie, même les régimes autoritaires ne subiront pas de pression de la part des États-Unis. Cela diffère de la politique moyen-orientale de l'ère Reagan : Reagan coopérait avec des régimes non désirables pour contrer le communisme, tandis que l'administration Trump le fait pour s'opposer à la Chine.

(iii) Corée du Nord : évitement délibéré et réservation flexible

L'une des caractéristiques marquantes du rapport est qu'il ne mentionne pas directement la Corée du Nord et la non-prolifération nucléaire, ce qui contraste nettement avec les stratégies de sécurité nationale américaines précédentes. Les think tanks interprètent cette omission comme une possible préfiguration par Trump d'un engagement accru entre les États-Unis et la Corée du Nord, reflétant la flexibilité de sa politique envers la Corée du Nord. Pour la Corée du Nord, cette attitude peut lui offrir une flexibilité diplomatique pour poursuivre ses échanges avec les États-Unis ; pour les États-Unis, elle peut ouvrir de nouvelles opportunités diplomatiques pour maintenir leur présence en Asie-Pacifique et renforcer leurs alliances.

VI. Résumé des points de vue clés de chaque think tank

(a) Conseil de l'Atlantique : affirmer la position du détroit de Taiwan, abandonner le principe de critique

Le groupe de réflexion estime que le succès du rapport réside dans le soutien ferme au statu quo dans le détroit de Taiwan et dans l'empêchement des forces hostiles de dominer des régions importantes ; l'échec réside dans le rejet des principes fondamentaux qui ont été efficaces dans le passé, tels que le soutien aux alliés et la promotion de la démocratie et des droits de l'homme. Le think tank suggère que les États-Unis devraient accorder plus d'attention aux menaces interconnectées de la coalition d'États autoritaires (Cino-Russie, Iran et Corée du Nord), tout en veillant à ce que la sécurité nationale repose sur un hémisphère occidental sûr et en poussant les États-Unis à revenir dans les zones clés de cet hémisphère (canal de Panama, Groenland, Caraïbes, Amérique du Sud).

(2) L'Association des relations étrangères : critiquer les contradictions internes et se concentrer sur le positionnement de la Chine

Le think-tank souligne que le rapport présente des problèmes d'incohérence interne et d'arbitraire, reflétant pleinement le caractère impulsif et imprévisible de Trump. En ce qui concerne la politique dans l'hémisphère occidental, le rapport atténue les couleurs idéologiques, laissant un espace de coopération avec les pays autoritaires, ce qui pourrait permettre une coexistence avec des pays devenus plus à gauche comme le Brésil et le Chili. En matière de concurrence avec la Chine, le think-tank observe un changement clé : la Chine n'est plus considérée comme un défi systémique, l'accent étant uniquement mis sur la question du détroit de Taïwan ; parallèlement, la description de Taïwan dans le rapport présente une tendance à l'**instrumentalisation**, ce qui pourrait difficilement obtenir l'approbation de la population taïwanaise.

Brookings : remettre en question l'efficacité de la stratégie et critiquer l'attitude envers l'Europe et la Russie ;

Le think tank estime que la nouvelle stratégie ne résout aucun problème de compétition entre grandes puissances, ce qui pourrait conduire les États-Unis à abandonner la compétition mondiale dans certains domaines, voire à susciter des interrogations sur le concept d'impérialisme américain. En ce qui concerne la politique envers la Russie, celle-ci est **amnistiée mais affaiblie, le contenu du rapport a satisfait Moscou, et les États-Unis et la Russie pourraient parvenir à certaines lignes rouges sur la question nucléaire. Une autre omission majeure du rapport est préoccupante : le Canada et le Mexique ne sont pas mentionnés, certains experts s'interrogeant avec ironie : est-ce une volonté d'annexion ?. Par ailleurs, le think tank critique vivement le rapport pour avoir exacerbé d'importantes divergences transatlantiques, reflétant une idéologie **de réconciliation avec la Russie au détriment de l'Europe**, remettant ainsi complètement en cause la manière dont les États-Unis ont géré les affaires internationales au cours des 80 dernières années, et ne permettant de libérer des ressources importantes pour les États-Unis qu'au niveau budgétaire.

(4) La diplomatie moderne : se concentrer sur le positionnement de la superpuissance dans la concurrence économique

L'institution estime que les États-Unis redéfinissent l'image de superpuissance à travers ce rapport, avec pour objectif central de mener une compétition économique avec les principaux concurrents, plutôt qu'une rivalité militaire substantielle, les forces militaires n'étant qu'un moyen auxiliaire.

Réflexion sur la faisabilité stratégique : un exemple de la recherche et du développement de l'équipement militaire américain

La transformation stratégique de l'administration Trump, bien qu'ayant une direction claire, fait face à de sérieux défis en matière de faisabilité. Le cas du développement de la nouvelle embarcation de débarquement moyenne de l'armée américaine est très représentatif, mettant en lumière les problèmes de dérapage des coûts et de rigidité des processus des projets militaires américains.

Initialement, la demande des Marines pour le navire de débarquement était d'adopter des normes civiles, avec un budget de 110 à 150 millions de dollars ; mais après l'intervention de la marine, les exigences de la norme militaire, de la puissance de feu de la défense aérienne et de l'amélioration de la vitesse ont été continuellement augmentées, ce qui a entraîné une hausse du coût à 250 millions de dollars ; finalement, le département de production militaire a besoin de 450 à 500 millions de dollars pour être rentable.

Le problème fondamental révélé par ce cas est l'inconvénient de la partie A illimitée : les départements concernés ont formulé des exigences et modifié la conception à volonté, ce qui a conduit à l'effondrement final de la maison empiquetée du projet.

Il est à noter que même les personnes opposées aux idées de Trump reconnaissent en partie son orientation pragmatique visant à réduire les coûts, produire des équipements simples et limiter le gaspillage des dépenses militaires. Cependant, la clé de la transformation stratégique réside dans la capacité à modifier le processus de travail où le client impose des demandes déraisonnables. Le degré de remédiation à ce problème chronique affecte directement l'efficacité de la mise en œuvre de la stratégie.

VIII. Conclusion générale et jugement

En résumé, le rapport sur la Stratégie de sécurité nationale de l'administration Trump marque un virage majeur dans la stratégie mondiale des États-Unis, avec une orientation d'action claire dont l'influence se fera sentir dans plusieurs zones géopolitiques à travers le monde : pour la Chine, ce n'est certainement pas une bonne nouvelle, car elle doit se méfier particulièrement des stratégies de l'Arc de résistance et des diverses tactiques de sabotage ; pour l'Europe, la situation est encore plus grave, devant à la fois faire face aux critiques sévères de ses alliés et risquer d'être marginalisée ; pour la Russie, c'est sans aucun doute une excellente nouvelle, la pression stratégique sera considérablement réduite ; à l'échelle mondiale, ce changement pourrait exacerber l'instabilité de l'ordre international, poussant le monde vers une phase de développement plus instable et plus chaotique.

Le rapport révèle que la contradiction centrale est que les États-Unis sont **déterminés stratégiquement mais manquent de capacités. Le succès ou l'échec de leur transformation stratégique dépend non seulement de la capacité de Trump à maintenir et à mettre en œuvre les idées de réforme de Haig-Seth, mais aussi de la possibilité de remédier aux maux persistants des processus de surenchère infinie dans le système militaire et bureaucratique américain. Comme l'analyse l'indique, la clé pour résoudre ce problème pourrait être : commencez par identifier les personnes responsables de la surenchère infinie, modifiez-les, poussez-les, et testez jusqu'à ce que cela fonctionne.**