Décision historique de la Cour suprême de l'Inde : analyse des effets positifs de l'intégration de l'hygiène menstruelle dans l'éducation des droits fondamentaux

01/02/2026

Le 30 janvier 2026, la Cour constitutionnelle de la Cour suprême de l'Inde a rendu un jugement historique. Le banc composé des juges J.B. Pardiwala et R. Mahadevan a officiellement statué que le droit à la gestion de l'hygiène menstruelle fait partie intégrante du droit à la vie et à la dignité garantis par l'article 21 de la Constitution indienne. Cette décision de plusieurs dizaines de pages non seulement proclame la naissance d'un nouveau droit fondamental, mais émet également une série d'instructions contraignantes et spécifiques à l'intention de tous les États et territoires de l'Union : toutes les écoles doivent fournir gratuitement des serviettes hygiéniques biodégradables, des toilettes fonctionnelles séparées par genre et un espace dédié à la gestion de l'hygiène menstruelle. Le jugement répond directement à la plainte d'intérêt public déposée le 10 décembre 2024 par la militante Dr. Jaya Thakur, qui avait révélé l'absence généralisée d'installations d'hygiène menstruelle dans les écoles à travers le pays, entraînant l'absentéisme voire l'abandon scolaire des filles. Dans le contexte de l'incident de stigmatisation menstruelle survenu précédemment à l'Université Maharshi Dayanand dans l'Haryana, ce jugement cherche à démanteler fondamentalement les barrières physiologiques qui entravent l'accès égal à l'éducation pour des dizaines de millions d'adolescentes indiennes.

Noyau du jugement : Percée juridique de la « discrétion politique » aux « droits constitutionnels »

La logique du jugement de la Cour suprême est claire et puissante. Le tribunal a d'abord établi que l'absence de mesures sûres de gestion de l'hygiène menstruelle compromet une existence digne, forçant les élèves adolescentes à choisir entre l'absentéisme ou des pratiques non sécurisées. Ces deux situations violent l'autonomie corporelle des filles pendant leurs règles. Le jugement précise clairement : la dignité ne peut être réduite à un idéal abstrait ; elle doit s'incarner dans les conditions qui permettent à l'individu d'être protégé de l'humiliation, de l'exclusion ou de souffrances évitables.

Les analystes soulignent que la clé de ce jugement réside dans l'élévation de l'hygiène menstruelle d'une question de charité ou de discrétion politique à un droit découlant directement des garanties constitutionnelles. Le tribunal a systématiquement démontré le lien entre l'absence de facilités d'hygiène menstruelle et plusieurs droits fondamentaux. Sur la base du droit à l'égalité de l'article 14 de la Constitution, le tribunal a estimé que le manque d'accès à des toilettes séparées par sexe et à des produits d'absorption menstruelle privait les filles de leur dignité, de leur vie privée, de l'égalité et du droit à une éducation significative. L'égalité se manifeste dans le droit à une participation égale, et l'égalité des chances exige que l'État élimine les obstacles qui empêchent les filles de recevoir une éducation au même titre que les garçons. En vertu du droit à la vie et à la dignité de l'article 21 et du droit à une éducation gratuite et obligatoire de l'article 21A de la Constitution, le tribunal a conclu que le manque de serviettes hygiéniques créait un obstacle spécifique au genre, entravant la fréquentation scolaire et la continuité de l'éducation, sapant ainsi la garantie substantielle de l'éducation gratuite et obligatoire. Le tribunal a particulièrement souligné que l'État ne peut forcer un enfant à choisir entre la dignité et l'éducation, un choix qui est à la fois injuste et inéquitable.

La raison plus profonde est que le tribunal a élargi la signification de la gestion de l'hygiène menstruelle. Elle ne se limite pas aux installations sanitaires traditionnellement comprises, mais inclut également l'autonomie corporelle et la liberté de décision. Refuser de fournir des installations adéquates, des produits d'hygiène appropriés ou l'intimité contraint essentiellement les filles à gérer leur corps en fonction des circonstances plutôt que de leurs choix. Ce n'est que lorsque les filles ont accès à des toilettes fonctionnelles, des produits menstruels suffisants, de l'eau et des mécanismes d'élimination hygiéniques que l'autonomie peut être exercée de manière significative. Cette interprétation, qui intègre l'autonomie corporelle et la liberté de décision dans le droit à l'hygiène menstruelle, fournit une base juridique solide pour les directives d'exécution ultérieures.

Cadre d'exécution : instructions opérationnelles et mécanismes de responsabilité rigoureux

Contrairement à de nombreux jugements qui se limitent à des déclarations de principe, la Cour suprême de l'Inde a cette fois élaboré un plan de mise en œuvre concret, assorti d'un mécanisme rigoureux de responsabilisation. Les instructions principales de la décision peuvent être résumées en trois dimensions : les infrastructures, l'approvisionnement en matériel et le soutien complémentaire.

Au niveau des infrastructures, chaque État et territoire de l'Union doit garantir que toutes les écoles, qu'elles soient gérées par le gouvernement ou privées, situées en milieu urbain ou rural, disposent de toilettes fonctionnelles et séparées par genre. Ces toilettes doivent être conçues, construites et entretenues de manière à assurer l'intimité et à répondre aux besoins des enfants handicapés. Toutes les toilettes scolaires doivent être équipées d'installations de lavage des mains fonctionnelles, avec du savon et de l'eau disponibles en permanence. Cela est directement lié à l'article 19 de la loi sur le droit à l'éducation, qui définit les normes et standards des écoles, y compris des toilettes séparées pour les filles et les garçons ainsi que des accès adaptés. Le tribunal a clairement indiqué que si les écoles publiques ne se conforment pas, les gouvernements des États concernés seront tenus responsables ; quant aux écoles privées, elles risquent de voir leur autorisation annulée en cas de non-respect de normes similaires.

Au niveau de l'approvisionnement en fournitures, la directive exige que tous les États et territoires de l'Union assurent la distribution gratuite de serviettes hygiéniques oxo-biodégradables aux élèves féminines dans chaque école. Ces serviettes doivent être facilement accessibles, de préférence via des distributeurs automatiques installés dans les toilettes. Cette instruction vise à lutter contre la précarité menstruelle, c'est-à-dire l'incapacité des filles à bénéficier équitablement de leur droit à l'éducation en raison de l'impossibilité de se procurer des produits d'hygiène menstruelle.

Au niveau du soutien logistique, le tribunal a proposé de manière créative l'établissement d'un espace dédié à la gestion de l'hygiène menstruelle. Chaque école doit mettre en place un tel espace, équipé de sous-vêtements de rechange, d'uniformes scolaires de réserve, de sacs jetables et d'autres matériels nécessaires pour faire face aux urgences menstruelles. Cela prend en compte la soudaineté des menstruations et les situations embarrassantes auxquelles les filles pourraient être confrontées, reflétant ainsi la prise en compte des détails pratiques dans le jugement.

Il est à noter que le jugement aborde spécifiquement le rôle des hommes dans la menstruation. Le tribunal estime qu'il est essentiel d'éduquer et de sensibiliser les enseignants et les élèves masculins à la réalité biologique des menstruations, afin d'éviter tout harcèlement ou interrogation intrusive envers les étudiantes pendant leurs règles. Le tribunal souligne que l'ignorance engendre l'indifférence, tandis que la connaissance favorise l'empathie. Les enseignants masculins doivent particulièrement être sensibilisés pour répondre avec tact aux demandes des filles souhaitant se rendre aux toilettes ou quitter soudainement la classe, plutôt que de refuser directement ou de mener des interrogatoires intrusifs. Cette partie du jugement montre une tentative de changer les perceptions sociales et la culture scolaire à la racine.

Défi de la réalité : le long chemin de la décision sur papier à la mise en œuvre sur le campus.

Le grand plan de jugement se heurte à la réalité éducative complexe et inégale de l'Inde. Une enquête de terrain sur les écoles locales, mentionnée dans les références, révèle un fossé considérable entre l'idéal et la réalité. Dans plusieurs écoles, notamment à Ranchi, l'enquête a constaté que jusqu'à 90 % des distributeurs automatiques de serviettes hygiéniques étaient hors service. Les machines de traitement étaient quasiment inexistantes, les écoles fournissant généralement seulement des poubelles. Certaines écoles manquaient même de savon pour se laver les mains.

Les données spécifiques montrent que parmi les écoles étudiées, 95 % d'entre elles vendent des serviettes hygiéniques à un prix de 5 à 7 roupies, plutôt que de les fournir gratuitement. Par exemple, l'école secondaire Saint Kurdeep les vend à 7 roupies, et l'école secondaire Sainte Anna à 5 roupies. Certaines écoles, comme l'école S.N. Marwari 10+2, ne fournissent pas de serviettes hygiéniques, leurs distributeurs automatiques et leurs machines de traitement sont tous hors service, et il n'y a pas de poubelles. En termes d'infrastructure, de nombreuses écoles manquent de désinfectant pour les mains de base, comme les écoles secondaires pour filles de Dornada, Ursulin et Chotanagpur, qui ne fournissent pas de savon. Seules quelques écoles, comme les écoles régionales, peuvent offrir à la fois de l'eau et du désinfectant pour les mains.

Les étudiantes ont rapporté à l'équipe d'enquête qu'elles se préparent généralement bien, apportant des serviettes hygiéniques et des sacs de disposal à l'école. L'état de propreté des toilettes scolaires est souvent médiocre, et elles doivent porter une attention particulière à l'hygiène, sous peine de risque d'infection. Certaines étudiantes évitent même d'utiliser les distributeurs automatiques en raison de superstitions. Ces détails au niveau micro montrent cruellement que la décision de la Cour suprême doit surmonter non seulement des pénuries de fonds et de matériel, mais aussi un entretien inadéquat de longue date, une négligence managériale et des tabous culturels profondément enracinés dans certaines communautés.

D'un point de vue plus large, la mise en œuvre mettra à l'épreuve l'efficacité administrative dans le cadre du fédéralisme indien. Les directives du jugement doivent être appliquées de manière coordonnée par les différents ministères centraux, les 29 États et les 8 territoires de l'Union, touchant des domaines tels que l'éducation, la santé, le développement des femmes et des enfants, ainsi que les finances. Comment garantir que les écoles publiques des villages reculés atteignent les mêmes normes que les écoles privées d'élite en ville ? Comment établir une chaîne d'approvisionnement durable pour l'achat, la distribution et la maintenance, afin d'éviter que les distributeurs automatiques ne redeviennent de simples décorations ? Comment former les enseignants, en particulier les hommes, pour changer leurs mentalités et leurs comportements ? Ces questions n'ont pas de réponses simples. Le jugement fixe une orientation, mais la véritable bataille se déroulera dans les couloirs et les toilettes de plus de 1,5 million d'écoles à travers le pays.

Signification symbolique et impact futur dans un contexte mondial

La décision de la Cour suprême de l'Inde transcende les frontières nationales, jetant une pierre lourde dans les discussions mondiales sur l'égalité des genres et les droits reproductifs. Il s'agit de la première fois qu'une cour suprême d'une juridiction majeure dans le monde déclare explicitement le droit à l'hygiène menstruelle comme un droit constitutionnel fondamental. Elle établit un modèle d'argumentation juridique qui entrelace le droit à la santé, le droit à l'éducation, le droit à la vie privée, le droit à l'égalité et le droit à la dignité, offrant ainsi un précédent juridique et un cadre d'action précieux pour d'autres pays en développement confrontés à des défis similaires.

D'un point de vue stratégique, ce jugement représente une avancée significative de l'appareil judiciaire indien en matière d'activisme judiciaire pour les droits sociaux. Il ne s'est pas limité à examiner les politiques gouvernementales existantes, mais a activement défini le contenu des droits et créé des obligations d'exécution concrètes. Les déclarations du juge Padiwala à la fin du jugement sont lourdes de sens : ce jugement ne s'adresse pas seulement aux parties prenantes du système juridique. Il s'adresse également à la fille qui, dans la salle de classe, n'ose pas demander de l'aide, à l'enseignant qui, par manque de ressources, ne peut pas fournir d'assistance, aux parents qui ne comprennent pas les dommages causés par le silence, et à l'ensemble de la société. La mesure du progrès réside dans la manière dont nous protégeons les groupes les plus vulnérables.

L'impact à long terme du jugement peut se manifester dans plusieurs dimensions. Sur le plan éducatif, s'il est efficacement mis en œuvre, il augmentera directement le taux de fréquentation scolaire et d'achèvement des études pour des millions d'adolescentes, améliorant ainsi le capital humain féminin. Sur le plan social, l'éducation menstruelle via le système scolaire contribuera à éliminer les stigmates et les superstitions dès la prochaine génération, favorisant ainsi l'égalité des genres. En matière de santé publique, l'amélioration de l'hygiène menstruelle réduira les risques d'infections des voies génitales et améliorera la santé globale des femmes tout au long de leur vie. Sur le plan économique, un plus grand nombre de femmes terminant leurs études et intégrant le marché du travail libérera un énorme potentiel de croissance.

Cependant, l'expérience historique montre que la transformation des droits sur papier en bien-être dans la réalité nécessite souvent des années, voire des décennies, de promotion continue, de mobilisation sociale et d'investissement de ressources. Les organisations de la société civile actives en Inde, le mouvement féministe et les médias seront des forces clés pour surveiller l'exécution du jugement. À l'avenir, nous pourrions assister à des litiges d'intérêt public concernant la mauvaise mise en œuvre, ainsi qu'à de nouveaux défis judiciaires visant à étendre la portée des droits des écoles aux lieux de travail et aux espaces publics. Le jugement du 30 janvier 2026 ouvre non seulement un nouveau chapitre juridique, mais aussi le prélude à un profond changement social concernant la dignité, l'égalité et l'autonomie corporelle. Son véritable test ne fait que commencer.