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Jour de prolongation du cessez-le - feu en Syrie : une respiration fragile dans un jeu géopolitique

26/01/2026

Dans la nuit du 24 janvier, après l'expiration officielle de l'accord de cessez-le-feu de quatre jours, le ministère syrien de la Défense a publié une brève déclaration : le cessez-le-feu sera prolongé de 15 jours. La raison donnée dans la déclaration est intrigante – cette mesure vise à soutenir l'opération des forces américaines pour transférer les détenus de l'État islamique (IS) des prisons du nord-est de la Syrie vers l'Irak. Presque simultanément, les Forces démocratiques syriennes (SDF), dirigées par les Kurdes, ont également confirmé la prolongation du cessez-le-feu, soulignant leur engagement à respecter l'accord afin de favoriser la désescalade, protéger les civils et créer les conditions nécessaires à la stabilité.

Ce n'est pas une simple prolongation du cessez-le-feu. Au cours des trois dernières semaines, des affrontements d'une intensité inédite ont éclaté entre l'armée gouvernementale syrienne et les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) depuis le renversement du régime de Bachar al-Assad fin 2024 et l'arrivée au pouvoir du gouvernement islamiste dirigé par Ahmed Charaï. L'armée gouvernementale a repris de vastes territoires clés aux FDS, notamment Alep, Raqqa et Deir ez-Zor, repoussant ces dernières dans leur région centrale, le gouvernorat d'Hassaké. La prolongation du cessez-le-feu ressemble moins à une lueur d'espoir pour la paix qu'à une pause forcée, imposée par la pression internationale, les jeux de pouvoir internes et les défis sécuritaires urgents.

La logique multiple derrière le cessez-le-feu

L'impasse de la situation sur le champ de bataille et des négociations politiques.

La prolongation du cessez-le-feu doit d'abord être comprise dans le contexte des récentes dynamiques militaires. Depuis début janvier, l'armée gouvernementale syrienne a lancé une offensive rapide. Les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont été contraintes de se retirer après de violents combats à Alep, puis ont perdu les gouvernorats à majorité arabe de Raqqa et Deir ez-Zor. L'armée gouvernementale a non seulement pris le contrôle d'importants champs pétrolifères et de centrales hydroélectriques, mais a également repris certaines installations détenant des membres de l'EI et leurs familles. La branche armée des FDS, l'Armée démocratique syrienne, s'est retirée vers sa région centrale d'Al-Hasakah, où les troupes gouvernementales ont achevé leur déploiement autour de la zone.

L'avantage militaire a fourni au gouvernement une monnaie d'échange pour les négociations. En réalité, le cadre d'un accord entre les deux parties existe depuis longtemps. En mars 2025, le gouvernement intérimaire syrien et les SDF ont signé un accord exigeant que les SDF transfèrent des territoires et intègrent finalement leurs combattants dans l'armée gouvernementale. Cependant, un nouveau cycle de négociations début janvier cette année n'a pas permis de progresser sur la question de l'intégration, conduisant à la reprise des hostilités. Le week-end dernier, les deux parties ont signé une nouvelle version de l'accord et ont annoncé un cessez-le-feu de quatre jours mardi. La clause clé du nouvel accord est que les membres des SDF doivent être intégrés individuellement dans l'armée et les forces de police.

Les gains et pertes sur le champ de bataille se traduisent directement en capacité de négociation sur la table des pourparlers. Les troupes gouvernementales aux portes de la ville d'Al-Hasakah ont ouvert la voie à la réalisation de la promesse du gouvernement d'Al-Assad de placer l'ensemble du territoire national sous contrôle étatique. La déclaration des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), quant à elle, révèle une profonde inquiétude, accusant l'armée gouvernementale de rassembler des troupes et d'effectuer des mouvements logistiques, indiquant clairement son intention d'escalader la situation et de pousser la région vers une nouvelle confrontation. La prolongation du cessez-le-feu est une mesure à laquelle les FDS ont été contraintes sous la pression militaire pour gagner un répit, mais aussi une pause tactique prise par l'armée gouvernementale pour consolider les territoires déjà occupés et digérer les gains obtenus.

Intervention cruciale des facteurs internationaux : transfert de prisonniers.

Le ministère syrien de la Défense a explicitement lié la prolongation du cessez-le-feu aux opérations américaines de transfert de prisonniers de l'EI, révélant ainsi une autre dimension externe cruciale. Les prisons gérées par les Kurdes dans le nord-est de la Syrie détiennent environ 9 000 membres de l'EI, dont un grand nombre de combattants étrangers. Ces prisons ont toujours été une bombe à retardement pour la sécurité régionale, avec de multiples émeutes et évasions survenues à plusieurs reprises.

Cette semaine, l'armée américaine a annoncé son projet de transférer jusqu'à 7 000 détenus de l'EI de la Syrie vers des centres de détention en Irak. Mercredi, un premier groupe de 150 prisonniers de haut niveau de l'EI, y compris des ressortissants européens, a été transféré. Selon des responsables irakiens, le 24 janvier, un deuxième groupe de transfert de jusqu'à 1 000 prisonniers était en cours d'acheminement.

La déclaration du ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, vendredi est assez représentative. Il a indiqué qu'une prolongation du cessez-le-feu pourrait être envisagée afin de terminer le transfert des prisonniers de l'EI vers l'Irak. La Turquie, un important soutien du gouvernement syrien, reflète ainsi les profondes inquiétudes des pays de la région face à un éventuel retour de l'EI. La question des prisonniers de l'EI est devenue un défi sécuritaire transnational, obligeant des parties initialement hostiles à coordonner leurs actions. Pour les forces américaines et leurs alliés internationaux, un environnement stable est une condition préalable au transfert sécurisé de milliers de prisonniers dangereux ; pour le gouvernement syrien, coopérer à cette initiative permet à la fois d'afficher une image d'acteur responsable et d'obtenir un temps stratégique précieux.

Le 24 janvier, les forces gouvernementales ont repris la prison d'Al-Akhtan près de la province de Raqqa des mains des FDS et ont libéré 126 détenus mineurs âgés de moins de 18 ans, les remettant à leurs familles. Cette action revêt une signification symbolique évidente, démontrant à la fois le geste humanitaire du gouvernement et renforçant la légitimité de sa prise en charge des affaires de sécurité.

La situation et les revendications des Kurdes.

Le rêve d'autonomie face à la réalité de l'intégration nationale.

Pour les Kurdes syriens, la situation actuelle marque un défi majeur pour leur expérience d'autonomie d'une décennie. Depuis le début de la guerre civile syrienne en 2011, les Kurdes ont établi des zones autonomes de facto dans le nord et le nord-est, avec des institutions civiles et militaires indépendantes. Les FDS, en tant que force armée, ont été le principal partenaire terrestre des États-Unis dans la lutte contre l'EI.

Cependant, après l'arrivée au pouvoir du gouvernement Saray, la logique de centralisation est entrée en conflit fondamental avec les revendications d'autonomie kurde. L'accord plus large annoncé dimanche dernier vise à intégrer les institutions civiles et militaires kurdes dans le système étatique. Cela constitue un coup direct aux espoirs d'autonomie de la minorité kurde. Ils sont tenus de soumettre un plan d'intégration, au cœur duquel leurs forces armées principales risquent d'être démantelées et leurs membres incorporés individuellement dans les forces de police et l'armée nationales.

Le jeu entre les artères économiques vitales et le contrôle des frontières.

En dehors de l'intégration politique et militaire, la répartition des ressources économiques constitue un autre point de friction central. Selon l'AFP citant des sources kurdes, les FDS ont soumis une proposition à Damas via l'envoyé américain pour la Syrie, Tom Barak. Cette proposition accepte la demande du gouvernement de contrôler les postes frontaliers, mais en échange, exige qu'une partie des revenus – notamment ceux du pétrole – soit allouée aux régions à majorité kurde.

Le nord-est de la Syrie possède les ressources pétrolières et gazières les plus importantes du pays. Pendant la période d'autonomie, ces ressources ont fourni une base financière cruciale aux autorités kurdes. Aujourd'hui, avec le contrôle des zones productrices de pétrole par l'armée gouvernementale, les Kurdes ont perdu un levier économique essentiel. Leurs revendications sont partiellement passées de l'autonomie politique à la garantie des droits économiques, ce qui représente à la fois un compromis et une stratégie de survie réaliste. La possibilité d'obtenir une part stable des finances dans la future architecture nationale affectera directement la stabilité et le développement à long terme de la région kurde.

Un avenir fragile et son impact régional

La nature temporaire du cessez-le-feu et le risque de reprise du conflit.

Bien que prolongé de 15 jours, le cessez-le-feu actuel est exceptionnellement fragile. Le SDF a clairement indiqué que le cessez-le-feu a été obtenu par une médiation internationale, tandis que le dialogue avec le gouvernement se poursuit. Cela montre que les divergences fondamentales entre les deux parties sont loin d'être résolues. Les forces gouvernementales continuent de se déployer autour de Hassaké, et le SDF renforce également ses défenses dans des villes comme Kobané et Hassaké, se préparant à une éventuelle confrontation.

Les hauts fonctionnaires des pays occidentaux tels que les États-Unis et la France ont exhorté Chareh à ne pas déployer de troupes dans la région contrôlée par les Kurdes, craignant qu'une reprise des combats ne puisse entraîner des atrocités à grande échelle contre les civils kurdes. Des sources diplomatiques révèlent que cette inquiétude découle des violences perpétrées l'année dernière par des forces liées au régime contre les minorités alaouites et druzes, qui ont causé près de 1500 morts. Les leçons de l'histoire ont rendu la communauté internationale très vigilante face aux violences sectaires potentielles.

Les subtiles évolutions de la configuration régionale.

L'évolution de la situation en Syrie a également captivé l'attention des pays de la région. La Turquie reste toujours méfiante face à la montée en puissance des forces kurdes, mais son soutien actuel à la prolongation du cessez-le-feu par le gouvernement pour faciliter le transfert des prisonniers de l'EI montre les priorités d'Ankara en matière de sécurité. Les alliés traditionnels du gouvernement syrien, comme l'Iran et la Russie, se réjouissent de voir Damas consolider à nouveau son contrôle sur l'ensemble du territoire national.

Pour les États-Unis, la situation est particulièrement complexe. Les Forces Démocratiques Syriennes (SDF) ont été leur partenaire le plus fiable dans la guerre contre le terrorisme en Syrie. Aujourd'hui, les États-Unis doivent d'une part développer des relations avec le nouveau gouvernement (gouvernement de Chareh) arrivé au pouvoir après le renversement d'Assad, et d'autre part tenter de protéger leurs alliés kurdes contre toute répression, tout en assurant le transfert délicat des prisonniers de l'EI. La médiation de l'envoyé Tom Barak reflète précisément les efforts des États-Unis pour maintenir leur influence et résoudre des problèmes concrets dans ce contexte complexe.

Conclusion : Le chemin vers l'inconnu

La prolongation de 15 jours du cessez-le-feu est un bref intermède dans le long conflit syrien. Elle a été engendrée par une impasse militaire, des interventions internationales et des défis sécuritaires urgents, plutôt que par une véritable volonté de réconciliation entre les parties en conflit.

Pour le gouvernement d'Ahmed Chareh, c'est une fenêtre pour consolider les acquis, assimiler les nouvelles zones contrôlées et démontrer sa capacité à traiter des préoccupations internationales telles que le transfert des prisonniers de l'EI. Pour les Kurdes, c'est un répit vital, un ultime effort dans les négociations pour préserver autant d'autonomie et de garanties économiques que possible. Pour la communauté internationale, en particulier les États-Unis et leurs alliés, c'est un temps limité pour gérer les risques sécuritaires, prévenir une catastrophe humanitaire et ajuster avec difficulté leur politique en Syrie.

Après le cessez-le-feu, la Syrie se dirige-t-elle vers une confrontation finale décisive et potentiellement sanglante, ou peut-elle trouver, grâce à la médiation internationale, une voie difficile pour intégrer les Kurdes dans la structure nationale tout en garantissant leurs droits fondamentaux ? La réponse reste incertaine. La seule certitude est que le destin des habitants de cette région du nord-est de la Syrie, dévastée par la guerre, reste pris dans un tourbillon complexe de géopolitique, de conflits ethniques et de dilemmes sécuritaires. Ces 15 jours représentent-ils le dernier calme avant la tempête, ou une lueur d'espoir au début sinueux d'une longue reconstruction ? Le temps rendra un verdict, qu'il soit cruel ou clément.