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L'accord d'intégration entre le gouvernement syrien et les forces kurdes : tournant clé dans le processus d'unification de Damas

01/02/2026

Le 30 janvier 2026, le gouvernement de transition syrien et les Forces démocratiques syriennes (SDF), dirigées par des milices kurdes, ont signé un accord complet visant à transformer un cessez-le-feu fragile en un cessez-le-feu permanent et à établir un cadre pour l'intégration des forces kurdes dans les institutions nationales. Cet accord, conclu grâce à une intense médiation diplomatique des forces américaines et françaises, marque une pause temporaire dans les violents conflits qui ont duré près d'un mois et met pratiquement fin à dix ans de pratique autonome des Kurdes dans le nord-est de la Syrie. Bien que le lieu de signature de l'accord soit situé en dehors des lignes de front, son contenu central cible directement les derniers bastions contrôlés par les SDF — la province d'Al-Hasakah et la ville de Qamishli. Pour le président Ahmed Shara, arrivé au pouvoir après le renversement de Bachar al-Assad fin de l'année dernière, il s'agit d'une étape cruciale pour unifier le territoire national et consolider l'autorité centrale ; pour les Kurdes, il s'agit d'un compromis difficile pour éviter un génocide après des défaites militaires et le retrait du soutien américain.

La réalité militaire et les termes spécifiques de l'accord.

La situation sur le champ de bataille au cours des trois dernières semaines constitue la base pour comprendre cet accord. Début janvier 2026, les forces gouvernementales syriennes ont lancé une offensive à grande échelle dans le nord-est sans opposition des États-Unis. L'offensive a d'abord commencé dans deux quartiers kurdes de la province d'Alep, puis s'est rapidement étendue vers l'est. Les forces gouvernementales et leurs alliés tribaux arabes ont réalisé des percées significatives dans les provinces de Raqqa et Deir ez-Zor. Les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont opté pour un retrait stratégique dans ces régions à majorité arabe, leur territoire contrôlé se réduisant d'environ 80% en peu de temps. Fin janvier, les forces gouvernementales avaient pris le contrôle des principaux champs pétrolifères, centrales hydroélectriques et prisons détenant des milliers de prisonniers de guerre de l'État islamique (EI), achevant l'encerclement de Kobani, symbole de la résistance kurde. Les FDS ont été repoussées vers la province d'Al-Hasakah et des zones urbaines à forte majorité kurde comme Qamishli, où une bataille de siège brutale semblait imminente.

L'accord conclu sous cette pression militaire reflète clairement dans ses clauses le rapport de force. Selon le texte de l'accord, les forces armées des deux parties se retireront de la ligne de front du nord-est. Les forces de sécurité gouvernementales relevant du ministère syrien de l'Intérieur entreront dans les zones centrales de Hasakah et Qamishli, deux villes kurdes clés. En matière d'intégration militaire, les Forces démocratiques syriennes (FDS) seront progressivement incorporées dans l'armée gouvernementale syrienne. L'accord crée de manière innovante de nouvelles structures militaires : trois brigades des FDS formeront une nouvelle division militaire rattachée à la province d'Alep, tandis que les unités des FDS dans la poche isolée de Kobani à l'ouest constitueront une brigade indépendante. Les responsables kurdes soulignent que les commandants de ces unités seront des Kurdes. De plus, l'accord stipule que le gouvernement syrien reprendra le contrôle de tous les postes frontaliers (y compris le poste frontalier de Semalka vers le nord de l'Irak) et des institutions civiles. L'administration autonome kurde et son personnel civil seront intégrés aux institutions de l'État syrien.

Considérations stratégiques : calculs et compromis des différentes parties

Cet accord n'est pas apparu de nulle part, mais est le produit d'un jeu complexe d'intérêts stratégiques multiples. Pour le gouvernement de transition syrien, son objectif principal est de restaurer le contrôle souverain de l'État sur l'ensemble du territoire. Depuis le début de la guerre civile en 2011, c'est la première fois qu'un pouvoir central capable d'atteindre cet objectif émerge en Syrie. Contrôler le nord-est du pays, qui représente un quart du territoire national, signifie maîtriser la grande majorité des ressources pétrolières de la Syrie ainsi que d'importantes zones agricoles, ce qui est crucial pour la reconstruction post-conflit et les finances publiques. De plus, éliminer une entité autonome dotée de ses propres forces armées et d'un système administratif indépendant est un choix inévitable pour prévenir une nouvelle fragmentation du pays. Le décret accordant le statut officiel à la langue kurde, publié par le président Chara après sa prise de fonction en décembre 2024, peut être considéré comme une mesure d'apaisement visant à préparer politiquement cette intégration.

Pour la direction kurde, la signature de l'accord était un choix par défaut, le moindre de deux maux. Un haut responsable des Forces démocratiques syriennes (FDS), Ilham Ahmed, a déclaré sans détour que l'accord visait à prévenir un génocide contre le peuple kurde. Le dilemme des Kurdes découle du changement de leur soutien géopolitique. Durant la guerre contre l'État islamique (EI), les FDS étaient l'allié terrestre le plus fiable des États-Unis, bénéficiant d'importants financements, armes et soutien aérien. Cependant, avec le remplacement du régime d'Assad par le gouvernement de Sara, la politique américaine a opéré un virage fondamental. Washington a commencé à soutenir les efforts de Sara pour unifier le pays et est resté silencieux lors de l'offensive actuelle des forces gouvernementales. Les Kurdes se sentent trahis, ayant perdu leur plus important parapluie extérieur. Face à la défaite militaire et à l'isolement, négocier pour préserver une partie de leur structure militaire et de leurs droits culturels est devenu la seule option viable pour limiter les dégâts.

Les rôles des États-Unis et de la France sont particulièrement cruciaux. L'envoyé spécial américain pour la Syrie, Tom Barak, a qualifié cet accord de jalon historique, après deux semaines de médiation intensive entre les deux parties. Le centre de gravité stratégique des États-Unis est passé du soutien à l'autonomie kurde à la stabilisation de la situation en Syrie, afin d'éviter qu'elle ne sombre à nouveau dans une guerre civile totale et d'empêcher la résurgence d'organisations terroristes comme l'EI. Le président français Emmanuel Macron a également exprimé son plein soutien à la mise en œuvre de l'accord. En tant que garants de l'accord, les engagements de la France et des États-Unis constituent une garantie psychologique importante pour l'acceptation des termes par les Kurdes, qui espèrent que des forces extérieures superviseront le processus d'intégration et empêcheront Damas de revenir sur ses engagements par la suite.

Influence régionale et défis futurs

La signature de l'accord a temporairement dissipé le spectre d'une guerre totale dans le nord-est de la Syrie, mais ses effets à long terme et son processus de mise en œuvre sont pleins d'incertitudes. L'impact le plus immédiat est la fin de l'expérience sociale menée par les Kurdes dans la région du Rojava depuis 2012, marquée par une forte teinte de confédéralisme démocratique. Là-bas, on avait tenté d'établir un système de gouvernance fondé sur l'égalité des sexes et la séparation de la religion et de l'État, avec une force armée féminine indépendante (YPJ). Ces éléments sont inconciliables avec le modèle centralisé, plus religieux, poursuivi par le gouvernement d'Assad. Les formulations vagues de l'accord concernant les droits civiques et éducatifs soulèvent une grande interrogation quant à leur capacité à garantir réellement les droits linguistiques et culturels kurdes ainsi que les droits des femmes. La manière dont les combattantes de la YPJ pourraient être intégrées dans une armée syrienne qui n'accepte pas les femmes n'est même pas abordée en détail dans l'accord.

La réaction des pays de la région mérite d'être observée. La Turquie a toujours considéré les forces kurdes en Syrie comme une branche du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) sur son territoire et a longtemps exigé l'élimination de leur présence autonome. L'accord affaiblit l'entité autonome kurde, ce qui correspond aux intérêts d'Ankara. Le ministre turc des Affaires étrangères, Fidan, a déjà indiqué qu'il étudierait cet accord. L'Iran a également exprimé son soutien à l'unité et à la paix en Syrie. Cependant, la mise en œuvre de l'accord pourrait provoquer de nouvelles tensions. Les forces gouvernementales ont pris le contrôle de camps détenant des dizaines de milliers de membres de l'EI et de leurs familles. Toute négligence dans la gestion de la sécurité de ces installations pourrait entraîner une nouvelle propagation des forces extrémistes, menaçant la sécurité de toute la région.

Le défi plus profond réside dans le manque de confiance et la complexité de la mise en œuvre. Il existe un manque de confiance fondamental entre les Kurdes et le gouvernement renouvelé de Damas. Un propriétaire de boutique à Qamishli, Abu Ali, a exprimé ses inquiétudes concernant les massacres d'Alaouites et de Druzes à Damas, Suwayda et dans les régions côtières après la prise de pouvoir par les islamistes. Lars Hauch, expert chez Conflict Mediation Solutions Consulting, souligne que l'accord reste vague sur les questions clés de décentralisation administrative et sécuritaire. Comment intégrer véritablement des forces armées autrefois hostiles sous une même bannière, et comment gérer des dizaines de milliers de fonctionnaires des anciennes institutions autonomes dans le cadre national — ces défis opérationnels ne font que commencer. Les expériences historiques montrent que ce type d'accords d'intégration s'enlise souvent dans les détails de mise en œuvre, voire s'effondre. Le chemin vers l'unité syrienne, après la prise du nord-est, reste long et semé d'embûches.

Épilogue

La fumée de la poudre s'est temporairement dissipée, mais sur les terres du nord-est de la Syrie, l'air est encore imprégné de l'odeur du pétrole, des munitions non explosées et des idéaux brisés. Les impacts de balles sur les murs de Kobané ne se sont pas encore érodés, et pourtant, une nouvelle carte des pouvoirs a déjà été dessinée. Cet accord n'est pas une fin, mais le début d'un processus politique plus complexe. Il remplace une bataille sanglante potentielle par un document écrit, offrant une victoire symbolique à Damas et préservant un espoir ténu pour les Kurdes. Cependant, pour que les clauses sur papier se transforment en réalité sur le terrain, il faudra une sagesse politique qui dépasse les victoires et défaites militaires, ainsi qu'un engagement durable de toutes les parties—y compris des garants éloignés à Washington et Paris—à respecter leurs promesses. L'histoire de la Syrie n'a jamais manqué de rebondissements, mais ce qui lui fait défaut, c'est une véritable réconciliation.