article / Hotspot Conflicts

L'armée américaine a ciblé les attaquants liés : vengeance et jeu dans le jeu d'échecs antiterroriste syrien

19/01/2026

Le 16 janvier 2026, dans le ciel du nord-ouest de la Syrie, une munition de précision tirée par un drone ou un avion de combat américain a traversé la nuit. Sa cible était un homme décrit comme un chef terroriste expérimenté. Le Commandement central des États-Unis a annoncé le lendemain que l'opération avait réussi à éliminer Bilal Hassan Al-Jassim, lié à Al-Qaïda. Les forces américaines l'accusent d'être directement impliqué dans une embuscade survenue le 13 décembre 2025 dans la région de Palmyre en Syrie, attaque qui a coûté la vie à deux soldats américains et à un traducteur civil américain, et blessé trois autres personnes.

Cela représente la troisième série de frappes de représailles menées par l'armée américaine en Syrie depuis l'embuscade meurtrière de décembre dernier. La série d'opérations militaires, portant le nom de code "Frappe de l'Œil de l'Aigle", aurait ciblé, en collaboration avec les partenaires américains, plus de 100 infrastructures et sites d'armes de l'État islamique. En surface, il s'agit d'une riposte décisive à une attaque terroriste. Cependant, lorsque l'on élargit le cadre pour examiner le moment, le lieu, les relations entre les acteurs et le contexte politique régional plus large, un échiquier stratégique bien plus complexe qu'une simple opération de décapitation émerge progressivement. Il ne s'agit pas seulement d'une opération antiterroriste, mais aussi d'un microcosme de la politique américaine au Moyen-Orient à un moment historique spécifique, entrelaçant un remaniement géopolitique, l'évolution de la guerre contre le terrorisme et la lutte d'influence sous-jacente des grandes puissances.

Chronologie des événements : De l'embuscade de Palmyre à la décapitation dans le nord-ouest

Pour comprendre l'ampleur de cette opération de décapitation, il faut revenir au point de départ de l'événement.

Le 13 décembre 2025, près de la ville historique de Palmyre, dans le centre de la Syrie. Une unité militaire américaine a été prise en embuscade. Les assaillants ont été identifiés comme des combattants de l'État islamique. Les victimes comprennent le sergent Edgar Bryan Torres-Tovar, âgé de 25 ans, le sergent William Nathaniel Howard, âgé de 29 ans, et l'interprète civil Ayad Mansour Sakkat. Il s'agit du premier incident signalé ayant entraîné la mort de soldats américains depuis la chute du dirigeant syrien de longue date, Bachar al-Assad, en décembre 2024. La région de Palmyre revêt une forte signification symbolique, ayant été l'un des territoires centraux contrôlés par l'État islamique au milieu des années 2010. Bien que le groupe ait subi une défaite militaire décisive en 2019, ses vestiges n'ont jamais été éradiqués dans les vastes étendues désertiques de la Syrie, attendant l'occasion de lancer des attaques sporadiques.

Après l'incident de l'embuscade, le président américain Donald Trump a juré sur les médias sociaux de mener des représailles très sérieuses. Les représailles sont arrivées rapidement. Le 19 décembre, les forces américaines ont lancé une frappe aérienne contre des cibles de l'État islamique en Syrie, touchant prétendument plus de 70 objectifs. Début janvier 2026, les États-Unis et leurs pays partenaires (les rapports mentionnent la Jordanie, suivis par la participation du Royaume-Uni et de la France) ont de nouveau mené une frappe aérienne massive. Quant à l'opération du 16 janvier, elle s'est concentrée sur une personne spécifique : Bilal Hassan Al-Jassim.

La déclaration du Commandement central des États-Unis a esquissé le profil de cet individu : un chef terroriste expérimenté, planificateur d'attaques, ayant un lien direct avec les tireurs de l'État islamique qui ont tué et blessé des Américains et des Syriens lors de l'attaque du 13 décembre. Cependant, un détail crucial soulève des questions plus profondes : Al-Jassim est décrit comme un leader lié à Al-Qaïda, alors que l'embuscade a été menée par des tireurs de l'État islamique. Cela révèle une réalité complexe de l'écosystème terroriste actuel en Syrie : bien que l'État islamique et Al-Qaïda soient en concurrence, voire hostiles sur le plan idéologique et stratégique, au niveau opérationnel, il peut exister des liens et des chevauchements inextricables entre les individus, les ressources et les actions des différents réseaux terroristes. Al-Jassim était probablement une figure clé, servant de nœud de liaison ou de coordinateur de ressources entre les organisations. Son rôle met en lumière les caractéristiques de réseau, de fragmentation et d'hybridation que présentent les ennemis depuis l'entrée de la guerre contre le terrorisme dans l'ère post-Califat.

La déclaration du général Brad Cooper, commandant du Commandement central, était empreinte d'une détermination vengeresse : la mort d'un opérateur terroriste lié au décès de trois Américains démontre notre résolution à traquer les terroristes qui attaquent nos troupes. Il n'y a aucun endroit sûr pour ceux qui commettent, planifient ou incitent à des attaques contre les citoyens américains et notre personnel militaire. Nous vous trouverons. Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a également fait écho sur les réseaux sociaux : nous n'oublierons jamais et ne relâcherons jamais notre vigilance. Ces propos visent à afficher, tant en interne qu'en externe, la fermeté et l'efficacité des actions américaines.

Contexte géopolitique : le chaos en Syrie après l'ère Assad et le rôle des États-Unis

Cette série d'opérations militaires a eu lieu à un moment géopolitique extrêmement délicat. Selon les informations fournies, le président syrien Bachar el-Assad est déjà déchu en décembre 2024. Le président actuel est Ahmad al-Shara (également désigné comme al-Sharaa dans le texte). Ceci constitue un point d'ancrage temporel crucial. La chute du régime d'Assad représente sans aucun doute un tournant majeur dans la guerre civile syrienne qui dure depuis plus de dix ans, mais elle pourrait également ouvrir la porte à de nouvelles incertitudes.

La déclaration du président Trump après l'embuscade est intrigante. D'une part, il a souligné que la Syrie (en référence au nouveau gouvernement) combattait aux côtés des forces américaines, et que l'armée américaine élargissait sa coopération avec les forces de sécurité dans le cadre de la coalition contre les organisations radicales ; d'autre part, il a rapporté que le président syrien Al-Shara était extrêmement en colère et inquiet à propos de cette attaque. Ce discours tente de dépeindre une image de coopération entre les États-Unis et le nouveau gouvernement syrien dans la lutte contre le terrorisme, visant à légitimer l'action militaire et à suggérer une réorganisation des partenariats régionaux.

Cependant, la réalité peut être bien plus complexe que les déclarations. Après la chute d'Assad, la structure du pouvoir en Syrie connaîtra inévitablement une restructuration et des luttes d'influence. Différentes factions, milices locales et groupes soutenus par des forces extérieures tentent tous de combler le vide du pouvoir. Des organisations extrémistes comme l'État islamique prospèrent précisément dans ce type de chaos pour chercher des opportunités de résurgence. La présence militaire américaine en Syrie elle-même est un sujet de controverse de longue date. Des données indiquent qu'avec le retour de Trump à la Maison Blanche, qui remet en question les déploiements militaires à l'étranger, la présence militaire américaine en Syrie est déjà confrontée à des pressions de réduction. Le Pentagone a annoncé en avril 2025 qu'il réduirait de moitié le nombre de soldats américains en Syrie, bien que le chiffre total exact n'ait pas été officiellement rendu public.

Dans ce contexte, l'opération "Eagle Eye Strike" poursuit plusieurs objectifs : le premier et le plus immédiat est la riposte et la dissuasion, afin d'empêcher que les attaques contre les forces américaines ne deviennent une routine ; le second consiste à maintenir une pression militaire continue pour contenir les tentatives de réorganisation de groupes tels que l'État islamique, comme la France le souligne pour éviter la résurgence de Daech (État islamique) ; le troisième, peut-être plus implicite, vise à démontrer aux alliés régionaux et au nouveau gouvernement syrien l'influence et l'engagement sécuritaire des États-Unis, bien que la profondeur et la durabilité de cet engagement restent incertaines. La présence militaire américaine en Syrie évolue constamment entre les missions de contre-terrorisme, les jeux géostratégiques et les pressions politiques intérieures.

Analyse de l'action : Signification tactique et stratégique de la « Frappe Œil d'Aigle »

L'opération "Eagle Eye Strike" offre elle-même une fenêtre d'observation sur le modèle actuel de lutte contre le terrorisme des forces armées américaines.

D'un point de vue tactique, il s'agit d'une frappe aérienne précise ou d'une élimination ciblée typique par drone. La cible était située dans le nord-ouest de la Syrie, une région où la situation est complexe depuis longtemps, impliquant diverses forces telles que la Turquie, les vestiges de l'opposition syrienne et des groupes extrémistes. L'élimination réussie d'Al-Jassim démontre que le réseau de renseignement américain (pouvant inclure le renseignement humain, le renseignement d'origine électromagnétique et la surveillance par reconnaissance) reste efficace dans des zones spécifiques. L'opération a été menée le 16 janvier (vendredi) et annoncée le lendemain, suivant le schéma habituel de ce type d'actions.

Au niveau de la campagne, il s'agit de la troisième frappe de représailles et fait partie d'une opération plus large. Les cibles sont passées des infrastructures et des rassemblements de l'État islamique (plus de 100 cibles initiales) à des coordinateurs de haut niveau spécifiques. Cette progression des objectifs révèle une stratégie : affaiblir d'abord les capacités opérationnelles et le moral de l'organisation par des frappes massives, puis éliminer avec précision les personnages clés pour perturber ses réseaux de commandement, de contrôle et de communication. La coopération avec la Jordanie, l'armée gouvernementale syrienne (selon les déclarations américaines) et même des pays comme le Royaume-Uni et la France reflète les efforts des États-Unis pour construire et diriger une coalition régionale de lutte contre le terrorisme, même si celle-ci est temporaire et orientée vers des missions spécifiques.

D'un point de vue stratégique, cette opération a transmis plusieurs signaux clairs :

  1. Ligne rouge de représailles : Quelle que soit la politique intérieure des États-Unis, quelle que soit l'éventuelle révision de la présence militaire outre-mer, toute attaque mortelle contre le personnel américain entraînera une réponse militaire. C'est le cœur du maintien de la dissuasion.
  2. Intervention continue : Malgré les pressions pour un retrait, les États-Unis n'ont pas l'intention d'abandonner complètement leur rôle militaire en Syrie. La lutte contre le terrorisme, en particulier la prévention d'une résurgence de l'État islamique, reste leur principale justification pour cette intervention.
  3. Cognition complexe : L'action reconnaît la complexité des liens entre les organisations terroristes (l'implication d'associés d'Al-Qaïda dans les attaques de l'État islamique), indiquant que le renseignement et les opérations antiterroristes américains s'adaptent à cette menace en réseau.
  4. Récit politique : En mettant l'accent sur la coopération avec le nouveau gouvernement syrien, les États-Unis cherchent à façonner un récit plus légitime et collaboratif pour leur présence continue, distinct du mode d'intervention plus conflictuel de l'ère Assad.

Cependant, les contradictions stratégiques sont également évidentes. D'une part, il faut démontrer détermination et force, d'autre part, il est prévu de réduire les troupes stationnées ; d'une part, on fraternise avec le nouveau gouvernement syrien, d'autre part, la situation politique du pays est loin d'être stable, et la profondeur de la coopération reste incertaine. Dans une autre déclaration, le général Cooper a appelé toutes les parties en Syrie à prévenir l'escalade, à rechercher des solutions par le dialogue, et a exhorté le gouvernement syrien à cesser les attaques dans la région entre Alep et Tabqa. Cela suggère que, même dans le contexte d'une prétendue coopération, les frictions et conflits internes en Syrie persistent. Les États-Unis tentent de jouer un rôle de stabilisateur et de médiateur, mais il est douteux que leur influence et leur volonté soient à la hauteur.

Perspectives futures : La lutte prolongée contre le terrorisme en Syrie et le jeu des grandes puissances

L'abattage d'Al-Jassim ne marquera pas la fin du récit de la lutte contre le terrorisme en Syrie, mais pourrait plutôt n'être qu'une note de bas de page d'un chapitre.

La capacité de survie de l'État islamique et des organisations similaires a été démontrée à maintes reprises. Elles sont ancrées dans des contradictions sociales, économiques et sectaires spécifiques. Tant que le processus de réconciliation politique en Syrie progresse difficilement, que le développement économique reste inaccessible, que la gouvernance locale est faible et que le vide sécuritaire persiste, le terreau de l'extrémisme ne pourra être complètement éradiqué. La guérilla dans les zones désertiques, les réseaux dormants dans les villes et la capacité à exploiter les tensions entre les pays régionaux rendent l'élimination totale de ces organisations une tâche quasi impossible. La lutte contre le terrorisme sera un processus long de gestion plutôt que d'éradication de la menace.

Pour les États-Unis, les défis futurs sont multidimensionnels :

  • Correspondance entre les effectifs et les missions : Comment maintenir des capacités suffisantes en matière de renseignement, de surveillance, de reconnaissance et de réaction rapide pour faire face à des attaques similaires à celle de Palmyre, tout en planifiant une réduction des troupes stationnées ? Cela mettra à l'épreuve l'efficacité de son modèle de lutte contre le terrorisme à faible empreinte.
  • Gestion des relations avec les alliés : Jusqu'où peuvent aller les relations avec le nouveau gouvernement syrien ? Cette coopération risque-t-elle de susciter le mécontentement d'autres alliés régionaux (comme la Turquie, les forces kurdes) ? La coordination avec des pays comme le Royaume-Uni, la France et les États-Unis peut-elle continuer à se renforcer ?
  • Priorités stratégiques : Dans le contexte de l'ajustement du centre de gravité stratégique mondial, quelle est la position exacte de la Syrie dans l'agenda de sécurité nationale des États-Unis ? S'agit-il d'une zone d'intérêts fondamentaux à défendre absolument, ou d'une périphérie où une gestion appropriée des risques est possible ?

Dans un jeu d'échecs plus vaste, l'attitude et les actions des autres régions et des forces internationales sont tout aussi cruciales. La Russie conserve des intérêts majeurs et une présence militaire en Syrie ; l'Iran et son réseau de milices chiites soutenu exercent une influence profonde ; la Turquie se préoccupe de la question kurde et de la sécurité de sa frontière nord ; les pays du Golfe ont chacun leurs propres calculs. Chaque action militaire des États-Unis déclenche des ondulations entre ces forces, affectant l'équilibre régional délicat.

La mort de Bilal Hassan al-Jassim fut une opération tactique réussie et une déclaration politique nécessaire. Elle a temporairement apaisé la colère des États-Unis suite aux pertes humaines, démontré sa force à la fois aux ennemis et aux alliés, et fourni du matériel pour un leadership ferme sur la scène politique intérieure. Cependant, sur le sol syrien, les graines de la haine continuent de germer, et le jeu du pouvoir ne s'arrête jamais. Lorsque le regard de l'aigle se détourne, les vents du désert recouvriront rapidement les traces de cette explosion. Ce qui déterminera véritablement le destin de cette terre n'est pas une décapitation précise ponctuelle, mais la capacité à construire un avenir politique inclusif, stable et porteur d'espoir pour le peuple. Et cela, précisément, est ce qu'aucune force militaire extérieure ne peut offrir. Les missiles américains peuvent éliminer une cible, mais ils ne peuvent éradiquer les racines profondes qui l'ont fait naître. Dans un avenir prévisible, la Syrie restera l'un des champs de bataille les plus complexes et les plus dangereux de la lutte mondiale contre le terrorisme, et les grandes puissances continueront d'y mener des jeux dangereux et sophistiqués sur cette terre ancienne.