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L'or polonais et le « Discours du rideau de fer » à Davos : la fin de l'ancien ordre mondial

22/01/2026

Le paysage mondial actuel traverse des turbulences profondes. L'augmentation massive des réserves d'or par la Pologne et le discours du "rideau de fer" prononcé par le Premier ministre canadien Mark Carney au Forum de Davos esquissent ensemble une trajectoire claire de l'effondrement de l'ancien ordre mondial et de l'émergence d'une nouvelle configuration. Le premier répond à l'incertitude par une action concrète de couverture, tandis que le second dénonce les règles hypocrites par un manifeste idéologique. Ces deux éléments se renforcent mutuellement, révélant la réalité d'une rupture fondamentale en cours dans l'ordre mondial.

I. La Pologne augmente massivement ses réserves d'or : une ancre de sécurité ultime contre les risques.

Plan de surpondération et impact central.

La Banque nationale de Pologne a officiellement approuvé un plan majeur - l'acquisition de jusqu'à 150 tonnes d'or. Cette mesure portera directement le total des réserves d'or de la Pologne à 700 tonnes, réalisant non seulement une croissance par bonds de l'échelle des réserves, mais dépassant également le niveau des réserves de la Banque centrale européenne. En termes de proportion d'actifs, 700 tonnes d'or représenteront 30% des actifs de réserve totaux de la Pologne, devenant la pierre angulaire centrale de la sécurité financière nationale.

Une croissance rapide et vigoureuse.

La Pologne a accéléré son rythme d'augmentation des réserves d'or de manière remarquable, montrant une tendance à accélérer son déploiement. En 2024, la part des réserves d'or dans ses réserves de change n'était que de 16,86 %, mais seulement un an plus tard, en 2025, cette proportion a grimpé à 28,2 %, soit une augmentation presque doublée. Jusqu'à présent, la banque centrale polonaise ne montre aucun signe d'arrêt dans ses achats d'or, continuant à renforcer la position centrale de l'or dans son système de réserves.

Logique de couverture motivée par le destin historique.

La Pologne s'accroche à l'or, enracinée dans ses souvenirs historiques tumultueux. Ce pays a connu à plusieurs reprises des démembrements et des destructions, ressentant profondément la douleur des bouleversements mondiaux. Ce sentiment de destin historique l'a poussé à considérer l'or, l'actif refuge ultime, comme un pilier de sécurité.

Au 18e siècle, la Pologne a subi trois partages et a disparu de la carte du monde pendant 123 ans, plongée dans une longue période de perte de souveraineté. Après la Première Guerre mondiale, la Pologne a retrouvé son indépendance, mais le 1er septembre 1939, elle a été envahie par l'Allemagne lors d'une attaque éclair, entraînant à nouveau sa disparition en tant qu'État. Cet événement a marqué le début de la Seconde Guerre mondiale. Ces douloureuses expériences de dislocation ont amené la Pologne à comprendre clairement que, dans un paysage international turbulent, seul l'or peut offrir une sécurité qui transcende les rivalités géopolitiques. C'est là la motivation centrale de son accumulation continue d'or.

II. Discours du "Rideau de fer" à Davos : Annonçant la mort de l'ancien ordre

Positionnement historique et déclaration centrale du discours.

Le discours du Premier ministre canadien Mark Carney au Forum de Davos est considéré par l'opinion publique mondiale comme un nouveau discours du rideau de fer annonçant la fin de l'ancien ordre mondial. Son importance est comparable au discours classique du rideau de fer de Churchill en 1946, qui a marqué le début de la Guerre froide en appelant à une alliance anglo-américaine contre l'expansion soviétique. Le discours de Carney, quant à lui, pointe directement la nature de l'ordre longtemps vanté par l'Occident et annonce la fin d'une ère révolue.

Carney a lancé l'idée centrale dans son discours : Il est temps pour les entreprises et les pays d'enlever leurs enseignes. L'ancien ordre ne reviendra pas. Cette déclaration a déclenché un tonnerre d'applaudissements dans la salle et a également mis en lumière la réalité que l'ancien ordre est difficile à maintenir - l'ordre mondial existant s'est brisé, une belle histoire embellie est officiellement terminée, et le monde entrera dans une phase brutale et sans contrainte de jeu géopolitique entre grandes puissances.

Métaphore centrale et critique de l'Occident

Pour illustrer l'hypocrisie de l'ancien ordre, Carney cite une histoire tirée de l'ouvrage *Le Pouvoir des sans-pouvoir* de l'écrivain tchèque Václav Havel : un commerçant affiche quotidiennement un slogan spécifique dans sa vitrine, non par conviction, mais simplement pour se conformer aux règles et en tirer des avantages matériels. Carney utilise cette métaphore pour critiquer avec acuité l'état de survie, au cours des dernières décennies, des puissances moyennes occidentales comme le Canada – semblables au commerçant de l'histoire, elles exposent dans leur vitrine l'enseigne d'un ordre international fondé sur des règles, adhèrent à des institutions en lesquelles elles n'ont pas confiance, proclament des principes auxquels elles ne croient pas, essentiellement pour profiter des avantages illusoires tissés par le système hégémonique.

Critique des « critères de radiation » et du double standard

Pour briser ce dilemme hypocrite, Carney a proposé des critères clairs de radiation : appliquer les mêmes normes aux alliés et aux adversaires. Il a souligné que si les puissances moyennes choisissent de s'exprimer de manière sélective dans les affaires internationales et adoptent des jugements différenciés pour des comportements similaires, elles restent essentiellement attachées à une attitude d'auto-illusion, incapables de s'adapter véritablement au nouveau paysage international. Cette critique vise directement le problème omniprésent des doubles standards dans les relations internationales actuelles, touchant ainsi le point sensible central de l'ordre occidental.

III. Points communs entre les deux événements : fin de l'ancien ordre et ouverture d'un nouveau jeu

L'écho des deux discours du "rideau de fer" à travers les époques.

Le discours de Carney, bien que séparé de plusieurs décennies du discours du rideau de fer de Churchill, présente des similitudes frappantes, devenant tous deux des déclarations emblématiques marquant un tournant de leur époque. Tous deux ont pour cœur l'annonce de la fin d'une ère ancienne : Churchill déclare la fin de la coopération d'après-guerre, ouvrant la voie à la confrontation de la guerre froide ; Carney, quant à lui, proclame la mort de l'ancien ordre basé sur des règles, faisant entrer le monde dans une nouvelle phase de compétition sans contrainte entre grandes puissances.

Parallèlement, les deux discours contenaient un appel à l'union pour l'autoprotection : Churchill appelait à une alliance anglo-américaine pour contrer l'expansion soviétique, tandis que Carney exhortait les pays de taille moyenne à se regrouper afin de résister ensemble à la coercition économique des grandes puissances. De plus, tous deux ont mis en garde les petites et moyennes nations : lorsque l'ancien ordre s'effondre et que la rivalité entre grandes puissances s'intensifie, persister dans l'auto-illusion et la soumission passive ne mènera qu'à être démembré, contraint, et finalement sacrifié dans le jeu des grandes puissances.

La réalité confirme le changement d'attitude en Europe.

L'effondrement de l'ancien ordre se reflète directement dans le changement d'attitude de l'Europe. L'accord d'investissement sino-européen, précédemment mis en suspens, ainsi que les récentes adaptations politiques de plusieurs pays européens, découlent d'une prise de conscience suite à l'évolution de leur position dans le système hégémonique. Lorsqu'elle est elle-même confrontée à l'hégémonie, à l'intimidation et à la perte de ses intérêts, l'Europe commence à abandonner les règles hypocrites du passé et à faire face à la réalité des rivalités entre grandes puissances. Ce changement de politique est essentiellement une adaptation passive à la défaillance de l'ancien ordre, ainsi qu'un compromis inévitable face à la nouvelle configuration des rapports de force entre grandes puissances.

Conclusion : L'ancien ordre s'efface, la préservation de soi et les jeux de pouvoir deviennent le nouveau thème.

L'accumulation d'or par la Pologne et le discours du rideau de fer de Carney, bien que sous des formes différentes, pointent vers la même conclusion centrale : l'ancien ordre mondial est définitivement mort. La protection physique basée sur les réserves d'or de la Pologne est un choix instinctif des petits et moyens pays cherchant la sécurité dans un paysage turbulent ; le discours de Carney, quant à lui, déchire le voile de l'hypocrisie de l'ordre occidental, révélant la vérité selon laquelle le mode de survie dépendant de l'hégémonie est devenu intenable.

À l'avenir, le monde entrera dans une nouvelle phase de rivalité intense entre grandes puissances et de reconstruction des règles. Pour les pays de petite et moyenne taille, une perception lucide de la réalité et le renforcement de leurs propres défenses de sécurité deviendront des questions centrales de survie. Quant aux grandes puissances, la manière dont elles construiront de nouveaux modes d'interaction dans un contexte où l'ancien ordre n'existe plus déterminera la stabilité et l'orientation futures de la planète. Le dernier chapitre de l'ancien ordre est écrit, et le prologue du nouveau paysage s'ouvre discrètement à travers des jeux géopolitiques et des stratégies déployées sur divers terrains.