Quand un allié devient un ennemi imaginaire : le Canada simula une invasion américaine pour la première fois en 100 ans
22/01/2026
Le 20 janvier 2026, le Globe and Mail du Canada a révélé une nouvelle qui a secoué le milieu des relations internationales : l'armée canadienne a secrètement élaboré un modèle de réponse pour faire face à une invasion militaire des États-Unis. Il s'agit de la première fois depuis la fin du 19e siècle que ce membre fondateur de l'OTAN a officiellement classé son voisin du sud – son allié et partenaire de défense le plus proche – comme une menace militaire potentielle dans le cadre d'une simulation systématique. Le rapport souligne qu'il ne s'agit pas d'un plan opérationnel, mais plutôt d'un cadre conceptuel et théorique. Cependant, la simple existence de ce modèle en dit long.
La nouvelle émerge alors que l'ancien président américain Donald Trump vient de publier sur sa plateforme de médias sociaux Truth Social une image traitée par intelligence artificielle : dans le décor du Bureau ovale, un drapeau américain sur une carte recouvre le Canada, le Groenland et le Venezuela. Ce n'est pas la première fois que Trump tient de tels propos. Depuis sa réélection et son entrée en fonction en 2024, il a à plusieurs reprises déclaré publiquement que le Canada devrait devenir le 51e État des États-Unis, et a mis en doute la capacité du Canada à défendre son territoire arctique. Ces déclarations, ainsi que ses convoitises ouvertes envers le Groenland, creusent une fissure de confiance au sein de l'alliance nord-atlantique.
Depuis plus d'un siècle, la frontière entre les États-Unis et le Canada a été considérée comme la frontière la moins défendue au monde, symbolisant une confiance et une intégration sans précédent entre les deux nations. Aujourd'hui, les forces armées canadiennes discutent sérieusement de la manière d'utiliser des tactiques de guérilla de type taliban afghan pour résister à la puissance militaire américaine. Cette transformation va bien au-delà d'un simple exercice militaire ; elle reflète l'ébranlement des fondements de l'ordre international dans l'ère post-Trump, ainsi que les luttes d'une puissance moyenne pour redéfinir sa sécurité sous l'ombre d'une superpuissance.
De « pays fraternel » à « menace potentielle » : l'effondrement de la confiance
L'histoire des relations entre les États-Unis et le Canada est presque une chronique de défense commune et d'intégration profonde. Les deux pays partagent la plus longue frontière internationale du monde, gèrent conjointement le Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD), et leurs liens militaires, de renseignement et économiques sont étroitement imbriqués. Les soldats canadiens ont combattu aux côtés des forces américaines, de la Normandie à Kandahar. Pour la grande majorité des Canadiens et des Américains, la possibilité d'un conflit armé entre les deux nations relève de la science-fiction.
Cependant, la rhétorique politique a le pouvoir de remodeler la réalité. Les déclarations de Trump – qu’elles soient des affirmations géopolitiques sérieuses ou une performance visant à attiser le populisme intérieur – ont franchi une ligne rouge. En traitant le territoire d’un État souverain comme un actif négociable ou annexable, ce mode de pensée bouleverse complètement l’ordre international fondé sur l’égalité souveraine et le respect des règles. Pour le Canada, il ne s’agit plus de simples différends commerciaux occasionnels ou de divergences politiques entre alliés, mais d’un défi potentiel aux fondements mêmes de son existence nationale.
Le Globe and Mail, citant des responsables anonymes de haut rang, a reconnu que bien qu'ils estiment que la probabilité que Trump ordonne réellement une invasion soit extrêmement faible, la posture stratégique sous l'administration Trump nécessite une nouvelle évaluation des risques. Au cœur de cette évaluation se trouve une profonde incertitude : lorsque la nation la plus puissante du monde est dirigée par un leader imprévisible qui méprise les alliances traditionnelles, aucune hypothèse fondée sur la confiance historique n'est plus fiable.
Plus inquiétant encore est le changement d'humeur du public. Un sondage réalisé à l'été 2025 a révélé que, pour la première fois, une majorité de Canadiens considéraient les États-Unis comme la plus grande menace pour leur pays. Ce bouleversement perceptuel a offert au gouvernement une marge de manœuvre politique intérieure, voire une nécessité, pour mener ce type d'exercices sensibles. L'armée doit se préparer aux peurs les plus profondes de la population, ne serait-ce que pour les apaiser.
« Guerre asymétrique » : La logique défensive des faibles
Selon les détails du modèle divulgués, la simulation des forces armées canadiennes repose sur une prémisse de réalisme froid : dans une guerre conventionnelle, le Canada n'a aucune chance de victoire.
En estimant par déduction, l'armée américaine a la capacité de détruire ou d'occuper en deux jours à une semaine tous les points stratégiques clés du Canada, y compris les principales villes, les ports et les bases militaires. Le Canada compte moins de 70 000 militaires en service actif et dépend fortement du soutien technologique et du renseignement militaire des États-Unis, son budget de défense n'équivalant qu'à quelques dizaines de celui des États-Unis. Comme l'a déclaré un ancien responsable de la planification stratégique canadienne : Nous ne pouvons pas résister à l'armée la plus puissante du monde.
Par conséquent, l'accent du modèle s'est déplacé de la manière de gagner la guerre vers la manière de rendre l'invasion insupportable. Son inspiration provient directement de cas classiques de conflits asymétriques modernes : la résistance des Moudjahidines afghans contre l'Union soviétique dans les années 1980, et plus tard les tactiques des Talibans contre les forces américaines et de l'OTAN. L'idée centrale est d'abandonner les batailles frontales et de lancer plutôt une guerre de guérilla et un mouvement de résistance nationaux et durables.
Ce concept de défense asymétrique comprend plusieurs éléments clés :
Résistance populaire et réserve à grande échelle : Le modèle explore la possibilité de mobiliser plus de 400 000 réservistes volontaires. Ces personnes ne sont pas toutes intégrées dans l'armée régulière ; certaines pourraient agir en tant que civils armés ou combattants irréguliers, menant des activités de sabotage, de reconnaissance et de harcèlement à l'arrière des lignes ennemies. Cela fait écho à l'expérience réussie de l'Ukraine, qui a mobilisé la résistance populaire au début de la guerre en 2022.
Combinaison de guérilla et de haute technologie: La combinaison tactique inclut à la fois les embuscades traditionnelles, les sabotages et les raids de type "hit-and-run", tout en intégrant des éléments modernes. Le major-général à la retraite David Fraser souligne que le Canada pourrait suivre l'exemple de l'Ukraine en utilisant largement des drones et des armes antichars pour infliger des pertes continues aux forces d'occupation. L'objectif est de causer des pertes massives aux forces d'occupation américaines et de rendre le coût du maintien de l'occupation insoutenable.
Exploiter la profondeur géographique : Le Canada est le deuxième plus grand pays du monde en superficie. Ses vastes étendues sauvages, ses côtes complexes et ses régions arctiques glaciales représentent un cauchemar logistique pour toute force d'occupation. Le modèle estime que même si la capitale Ottawa était occupée (comme les forces russes ont tenté de le faire avec Kiev), cela ne signifierait pas la capitulation du pays. Cela pourrait plutôt marquer le début d'une guerre d'occupation longue, sanglante et politiquement désastreuse.
Recherche d'aide extérieure : Le modèle suppose qu'en cas d'invasion américaine, le Canada demanderait immédiatement de l'aide à d'autres puissances nucléaires, notamment le Royaume-Uni et la France. Un responsable a déclaré sans détour : si vous attaquez le Canada, vous ferez face à l'opposition du monde entier... Vous pourriez voir des navires de guerre allemands et des avions britanniques apparaître au Canada pour renforcer la souveraineté du pays. Ce scénario internationalise rapidement un conflit bilatéral, risquant de déclencher une confrontation plus large entre alliances.
Signaux d'alerte et dilemme stratégique : une fenêtre de trois mois
La signification pratique du modèle ne réside pas seulement dans la manière de combattre, mais aussi dans le moment où l'on sait qu'il faut combattre. Les planificateurs militaires canadiens tentent d'identifier les signes précurseurs d'une invasion.
Le signal d'alerte le plus clair serait le retrait ou la destruction unilatérale par les États-Unis du cadre de coopération du Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD). Le NORAD est le symbole suprême de l'intégration militaire entre les États-Unis et le Canada, et sa dissolution signifierait une rupture totale des relations de défense bilatérales. Les modèles estiment que, depuis l'apparition d'un signal d'alerte clair jusqu'à une invasion potentielle, le Canada dispose d'un maximum de trois mois pour se préparer.
Ces trois mois seront une course folle contre la montre : mobilisation d'urgence des réservistes, évacuation des installations critiques, dispersion des actifs militaires, constitution de stocks de fournitures et alerte à la communauté internationale. La brièveté de la fenêtre temporelle souligne le manque de profondeur stratégique du Canada face à son immense voisin du sud.
Cependant, le paradoxe réside dans le fait que, alors que l'armée mène ce type d'exercices, la coopération quotidienne entre les forces américaines et canadiennes se poursuit normalement. Le rapport indique que les deux armées planifient même conjointement la participation du Canada au système de défense antimissile "Golden Dome" proposé par Trump. Cet état de division, où la coopération se maintient en temps normal tandis que des exercices de guerre sont simulés, illustre parfaitement la complexité actuelle des relations entre les États-Unis et le Canada : les liens professionnels au niveau opérationnel restent solides, mais une énorme fissure est apparue dans la confiance politique au niveau stratégique.
Ombre groenlandaise et jeu arctique : un puzzle géopolitique plus vaste.
Pour comprendre l'anxiété du Canada, il ne faut pas considérer les relations américano-canadiennes de manière isolée, mais les placer dans le contexte géostratégique plus large d'un second mandat de Trump, en particulier autour de la rivalité pour l'Arctique.
L'intérêt public de Trump pour le Groenland n'est pas un événement isolé. Il considère ce territoire autonome danois comme ayant une valeur cruciale pour la défense arctique des États-Unis et l'exploitation des ressources, et a même suggéré qu'il n'hésiterait pas à recourir à la force pour l'acquérir. Cette initiative a déjà provoqué une forte réaction des alliés européens, la France et l'Allemagne ayant déployé des troupes au Groenland en signe de solidarité. Le Premier ministre canadien Mark Carney a également pris une position claire : sur la question de la souveraineté arctique, nous sommes fermement aux côtés du Groenland et du Danemark, soutenant pleinement leur droit unique à décider de l'avenir du Groenland.
L'incident du Groenland constitue un précédent dangereux. Il démontre que, dans la vision transactionnelle du monde de Trump, la souveraineté des alliés peut être réévaluée et négociée. Si les États-Unis peuvent revendiquer un territoire danois au nom de la sécurité nationale, des idées similaires pourraient-elles émerger concernant les vastes régions arctiques du Canada, stratégiquement importantes ? Les récentes plaintes de Trump selon lesquelles le Canada pose un problème pour la défense arctique des États-Unis ne font qu'accroître ces inquiétudes.
Par conséquent, les exercices militaires du Canada sont à la fois une réponse directe aux déclarations annexionnistes de Trump et une couverture préventive contre les incertitudes générées par sa philosophie diplomatique globale. Ils envoient un signal clair : même face à l'allié le plus puissant, le Canada ne reculera jamais automatiquement sur les questions de souveraineté.
Conclusion : L'élégie de l'ancien ordre et le prélude d'une nouvelle réalité
Les forces armées canadiennes simulent une invasion américaine, un événement dont la portée symbolique dépasse largement sa valeur militaire. C'est une élégie pour l'ancien ordre mondial — cet ordre international libéral, garanti par l'hégémonie américaine, fondé sur des règles et marqué par une confiance fondamentale entre alliés — qui fait face à son défi le plus sérieux depuis la fin de la Guerre froide.
Janvier 2026, lors du Forum économique mondial de Davos, le Premier ministre canadien Mark Carney a prononcé un discours qualifié d'épique par les médias. Il a commencé en déclarant clairement : Aujourd'hui, je vais parler de la rupture de l'ordre mondial – la fin d'un récit confortable et le début d'une réalité brutale. Il a affirmé que l'ancien ordre ne reviendrait pas, qu'il était vain d'attendre que d'autres le réparent, et que les nations devaient travailler ensemble pour construire un nouvel ordre plus juste, plus résilient et plus durable.
Le modèle militaire du Canada est précisément la manifestation concrète de cette réalité brutale dans le domaine de la défense. Il marque un changement fondamental dans la pensée stratégique du Canada – et peut-être aussi de nombreux alliés traditionnels des États-Unis – : passer d'une dépendance absolue à la protection américaine à une autonomie stratégique qui priorise la survie nationale en ces temps incertains.
Presque tous les experts militaires interrogés estiment qu'une invasion américaine du Canada reste un événement de probabilité extrêmement faible dans un avenir prévisible. Cependant, comme le souligne Aisha Ahmed, politologue à l'Université de Toronto : plus le Canada adoptera cette logique de défense nationale, plus la probabilité que ces scénarios terribles, que personne ne souhaite, se réalisent diminuera.
Le but de la simulation n'est pas de prédire la guerre, mais de l'empêcher. En montrant les conséquences sanglantes, durables et mondiales qu'une invasion entraînerait, le Canada vise à relever le seuil et le coût pour tout agresseur potentiel. En ce sens, ce modèle militaire apparemment pessimiste a pour objectif ultime de préserver la paix – à la différence qu'il ne suppose plus naïvement que la paix provient d'une amitié éternelle, mais plutôt d'une conscience lucide et d'une préparation résolue.
Quand le Canada a commencé à réfléchir sérieusement à la manière de résister à l'armée américaine par la guerre de guérilla, le monde avait déjà changé. Ce n'était plus le siècle familier et prévisible que nous connaissions. Toutes les nations, grandes ou petites, doivent recalibrer leur boussole au milieu des vagues tumultueuses de l'instabilité.