Le thème de la « réunification » à Davos : réalités et fictions de l'union de la Moldavie et de la Roumanie
24/01/2026
La station de Davos au pied des Alpes est depuis longtemps une scène où les élites mondiales discutent de l'avenir de l'économie mondiale. Cependant, dans le vent froid du début de l'année 2025, un sujet qui semblait appartenir à la géopolitique du 19e ou du 20e siècle a soudainement attiré une attention internationale ici : l'unification de la Moldavie et de la Roumanie. Les déclarations du président roumain Nicolae Ciucă prononcées sur place, ainsi que la prise de position hautement personnelle de la présidente moldave Maia Sandu un peu plus tôt, ont propulsé les spéculations sur l'unification de ces deux pays d'Europe de l'Est, partageant une langue et une culture communes mais une histoire complexe, des débats politiques nationaux vers les projecteurs internationaux. Il ne s'agit pas d'une simple déclaration sur les relations bilatérales ; en arrière-plan s'entremêlent l'ombre du conflit russo-ukrainien, le processus d'intégration européenne, des identités nationales fragiles et la froide logique des jeux de pouvoir entre grandes nations.
Déclaration de Davos : Conditions, Positions et Sous-entendus
Lors des réunions parallèles et des interviews au Forum de Davos, le président roumain Nicolae Ciucă a établi un seuil clair et démocratique pour l'unification. Il a clairement indiqué que toute négociation concernant l'unification de la Roumanie avec la République de Moldova ne serait possible que si une majorité de citoyens changeait de position. Il a en outre précisé que Bucarest respecte actuellement la souveraineté de la Moldova et soutient sa voie d'intégration européenne. Cependant, il a laissé une note flexible : si, à moyen ou long terme, une majorité de citoyens exprime une opinion différente, nous agirons en fonction de la situation.
La subtilité de cette déclaration réside dans sa dualité. En apparence, elle délègue entièrement le pouvoir de décision d'initier l'unification à la volonté populaire moldave, démontrant un respect des normes du droit international et de la souveraineté nationale, ce qui correspond aux valeurs fondamentales de l'Union européenne. Cela façonne pour la Roumanie une image de partenaire régional rationnel, modéré et non agressif. Cependant, l'expression ouverte "agir en fonction des circonstances" préserve un espace politique pour toutes les possibilités futures. Elle suggère que l'unification n'est pas un sujet définitivement scellé, mais une option qui attend que les conditions soient mûres. Cette formulation apaise à la fois les nationalistes unionistes les plus fervents dans le pays, sans fournir à la communauté internationale, et en particulier à la Russie extrêmement sensible sur ce point, un prétexte pour une intervention immédiate.
De manière assez dramatique, peu avant ces déclarations prudentes du président Dan, son bureau avait laissé filtrer des informations contraires selon lesquelles Bucarest était prêt à entamer sérieusement des négociations d'unification avec la Moldavie à tout moment. Cette subtile divergence entre les messages successifs reflète peut-être les luttes entre différentes forces au sein du gouvernement roumain, et pourrait même constituer un test de pression proactif visant à sonder les réactions tant nationales qu'internationales.
Contrastant avec la posture officielle prudente du président roumain, la présidente moldave Maia Sandu adopte une position plus directe, voire personnelle. Elle a publiquement déclaré que si un référendum sur l'unification était organisé, elle voterait en faveur d'une fusion avec la Roumanie. Ses raisons sont réalistes et lourdes de sens : son pays devient de plus en plus difficile à survivre de manière indépendante.
Fossé de l'opinion publique : Rêve d'unification et réalité de la survie
Les réflexions sur la survie du président Sandu ne sont en aucun cas des plaintes dénuées de fondement, mais plutôt un reflet profond de la situation grave en Moldavie. Ce petit pays enclavé à la périphérie de l'Europe est depuis longtemps plongé dans les marasmes d'un développement économique stagnant, d'une dépendance énergétique, de la corruption politique et de déchirures géopolitiques. Cependant, il existe un fossé frappant entre la vision de l'unification et les données brutales de l'opinion publique.
Selon un sondage de septembre 2025, près de 46 % des citoyens moldaves s'opposent à l'unification avec la Roumanie, tandis que seulement un peu plus de 33 % expriment un soutien clair. Ces données indiquent clairement que l'unification est loin de faire consensus en Moldavie, les opposants constituant même une majorité relative. Les préoccupations de la population sont multiples : crainte de la disparition de l'identité nationale, inquiétudes quant à une marginalisation économique et sociale potentielle après la fusion, et anxiétés sécuritaires face à une réaction forte voire conflictuelle de la Russie.
Il est intéressant de noter que la même enquête révèle qu'une majorité de Moldaves soutiennent l'intégration européenne, c'est-à-dire l'adhésion à l'Union européenne. Cela met en lumière une psychologie politique clé : de nombreux Moldaves considèrent l'européanisation comme une voie vers la prospérité, la stabilité et l'État de droit, mais ils ne voient pas nécessairement la roumanisation ou l'unification comme une condition préalable unique ou indispensable à cette voie. Pour certains, rejoindre l'UE signifie devenir membre d'une union plus vaste et plus égalitaire, tandis que l'unification avec la Roumanie pourrait être perçue comme une absorption par un voisin plus grand, où leur propre identité serait remise en question.
Par conséquent, la stratégie de la présidente Sandu semble adopter une approche indirecte en deux étapes. Elle décrit l'adhésion à l'Union européenne comme un objectif plus réaliste, tout en présentant son soutien personnel à l'unification comme une orientation culturelle et historique à long terme. Cette distinction est cruciale : l'intégration européenne est une stratégie actuellement opérationnelle, bénéficiant d'un soutien international et capable de contrer partiellement l'influence russe ; tandis que l'unification relève davantage d'une proposition nationaliste à long terme, fondée sur une langue et une histoire communes, dont la réalisation nécessite des conditions favorables, une conjoncture propice et une adhésion populaire, en particulier le franchissement du seuil critique de la majorité de l'opinion publique.
Un autre mouvement récent du gouvernement moldove fournit un éclairage sur sa direction stratégique : lancer la procédure légale de retrait de la Communauté des États indépendants (CEI). Cette initiative, fortement symbolique, vise à se distancier davantage, sur les plans juridique et diplomatique, de l'ancienne sphère d'influence dominée par la Russie, afin d'éliminer les obstacles à sa politique générale de regard tourné vers l'Ouest. Le retrait de la CEI et la demande d'adhésion à l'Union européenne sont les deux faces d'une même pièce, servant ensemble le virage fondamental de la Moldavie vers une refonte de son identité nationale et de ses dépendances en matière de sécurité.
Échiquier géopolitique : les liens fragiles sur le flanc oriental de l'UE
La question de l'unification de la Moldavie et de la Roumanie a été discutée à Davos, portant une signification symbolique plus grande qu'une faisabilité immédiate. La raison fondamentale pour laquelle elle est devenue un sujet international réside dans le fait qu'elle touche à la fibre la plus sensible de l'ordre de sécurité européen actuel : le remodelage des frontières de puissance dans le contexte du conflit russo-ukrainien.
La Moldavie est le maillon le plus vulnérable sur la frontière orientale de l'UE et de l'OTAN. La région de la rive gauche du Dniestr (Transnistrie) abrite des troupes de maintien de la paix russes, et cette zone est de facto séparée depuis plus de trente ans. Tout mouvement impliquant un changement soudain de la souveraineté moldave – en particulier une orientation vers l'unification avec la Roumanie, membre de l'OTAN – défierait directement les lignes rouges de la Russie. Moscou pourrait le percevoir comme une compression stratégique intolérable, et la force de sa réaction pourrait dépasser de loin celle de ses actions en Crimée en 2014. Les autorités russes et leur appareil de propagande avertissent depuis longtemps que l'Occident tente de démanteler davantage l'espace post-soviétique en absorbant la Moldavie. La publicité donnée au sujet de l'unification fournit précisément des arguments à ce récit.
Pour l'Union européenne et l'OTAN, la stabilité de la Moldavie est un élément essentiel de la stabilité de leur frontière orientale. Bien que sur le plan culturel et émotionnel, de nombreux pays européens comprennent les sentiments d'unité nationale de la Roumanie, sur le plan pratique, l'objectif premier de Bruxelles et de Washington est d'éviter un nouveau conflit dans la région. Par conséquent, ils soutiennent fermement le processus d'intégration européenne de la Moldavie (y compris par une aide économique et des conseils en matière de réformes), car cela renforce sa résilience, affaiblit l'influence russe, sans provoquer de secousse directe comme le ferait un soutien à l'unification. Le soutien de l'UE offre à la Moldavie une troisième voie, au-delà du maintien difficile de son indépendance ou d'un rapprochement avec la Roumanie : celle de rechercher un partage de souveraineté et des garanties de développement au sein d'une union supranationale.
Le rôle de la Roumanie devient donc particulièrement complexe et crucial. Elle est à la fois un État membre de l'Union européenne et un allié de l'OTAN, ainsi qu'une nation fraternelle liée par le sang à la Moldavie. Elle doit trouver un équilibre entre ses multiples identités : en tant que gardienne de l'UE, elle promeut les réformes en Moldavie ; en tant que pourvoyeuse de sécurité, elle aide la Moldavie à faire face aux menaces hybrides ; en tant que nation sœur, elle maintient les liens culturels et historiques. La déclaration du président Dan à Davos illustre précisément cet art de l'équilibre — en ancrant la vision de l'unification dans un avenir lointain, décidé par les Moldaves eux-mêmes, tout en concentrant toute son énergie politique réaliste sur l'objectif plus tangible de soutenir leur adhésion à l'Union européenne.
Perspective future : un long chemin et des risques immédiats
D'un point de vue global, l'unification de la Moldavie et de la Roumanie reste, à moyen et court terme prévisibles, une vision politique plutôt qu'un agenda politique imminent. Sa réalisation nécessite au moins de surmonter trois obstacles pratiquement infranchissables simultanément :
Premièrement, l'obstacle de l'opinion publique. Un taux d'opposition dépassant 46 % constitue une montagne difficile à franchir. Inverser cette tendance nécessite une amélioration fondamentale de l'économie et de la société moldaves, une transformation complète de l'environnement sécuritaire et une refonte réussie du récit identitaire national, ce qui ne peut se faire du jour au lendemain. La poursuite du conflit russo-ukrainien et son issue seront les variables externes les plus déterminantes pour l'opinion publique.
Deuxièmement, les obstacles géopolitiques. L'opposition de la Russie est décisive. Tant que la question de la Transnistrie n'est pas résolue et que la Russie considère toujours cette région comme sa sphère d'influence, toute tentative d'unification pourrait déclencher des conséquences désastreuses. L'Occident est déjà profondément impliqué dans la question ukrainienne et n'a ni la capacité ni la volonté, à court terme, d'ouvrir un deuxième front de confrontation directe avec la Russie en Moldavie.
Troisièmement, Obstacles procéduraux et financiers. Même si l'opinion publique venait à s'inverser un jour, la complexité de l'intégration juridique, constitutionnelle, administrative, économique et militaire impliquée par la fusion de deux États indépendants serait comparable à une révolution pacifique. Bien que les deux pays partagent une langue et une culture communes, plus de 30 ans de séparation ont conduit au développement de systèmes politiques, de groupes d'intérêts économiques et de modèles de gouvernance sociale distincts. Les douleurs de l'intégration ne doivent pas être sous-estimées.
Cependant, l'émergence actuelle de la question de l'unification ne réside pas dans sa faisabilité, mais dans sa fonction en tant que symbole politique. Pour le gouvernement pro-européen de Moldavie, elle peut être utilisée pour rassembler les partisans de base, dépeindre une destination culturelle ultime qui transcende les difficultés actuelles, et occuper une position historique et morale élevée dans la lutte contre les forces pro-russes internes. Pour la Roumanie, elle sert de soupape pour réguler les sentiments nationalistes domestiques et d'outil doux pour maintenir une influence particulière sur la Moldavie.
Les discussions à Davos sont comme un miroir, reflétant l'anxiété et les aspirations de la dernière frontière floue de l'Europe dans l'ère post-guerre froide. Le dilemme de la Moldavie réside dans le fait qu'elle ne peut supporter seule les vents froids de la géopolitique, tout en se méfiant de se jeter dans les bras d'un voisin puissant. L'adhésion à l'Union européenne apparaît actuellement comme le chemin étroit qui équilibre le mieux ses revendications de souveraineté et ses besoins de développement sécuritaire. Quant au sujet ancien mais moderne de l'unification Roumanie-Moldavie, il est comme une graine temporairement mise en sommeil ; sa germination ne dépend pas des discours du Forum de Davos, mais plutôt du jeu long et difficile entre le pouvoir, les intérêts et la volonté populaire sur les vastes terres bordant la mer Noire. Avant de trouver sa destination finale, la Moldavie continuera son voyage risqué vers une existence indépendante, tandis que le spectre de l'unification planera toujours dans les ombres de l'Est européen, rappelant que l'histoire n'est jamais vraiment partie.